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01 Juillet 2019 | Actus nationales | Actus élevage

UE-Mercosur : un accord sur le dos de l’agriculture

«Il ne faut pas nier que nous avons dû faire des concessions importantes pour parvenir à un résultat équilibré et ambitieux», a dû admettre le commissaire européen à l’agriculture Phil Hogan le 28 juin, commentant l’accord commercial que venaient de conclure à 19 heures à Bruxelles négociateurs de la Commission européenne et du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay).

Un accord jugé catastrophique par les organisations agricoles de l’UE — et aussi par les écologistes — qui ont dénoncé notamment l’ouverture du marché européen de denrées produites selon des critères environnementaux et sociaux bien moindres.

L’UE s’est ainsi engagée à ouvrir d’importants contingents d’importation tarifaires pour une série de produits sensibles, notamment : graduellement sur 5 ans, 99 000 tonnes de viande bovine (quelque 44 000 t étant réservées au Brésil), dont 55 000 t de viande fraîche et réfrigérée et 45 000 t de viande congelée pour la transformation, au droit de 7,5 % ; sur 5 ans également, 180 000 t de volaille à droit nul ; 180 000 t de sucre à droit nul ; sur 5 ans, 650 000 t d’éthanol (dont 450 000 t pour l’industrie chimique), avec un droit de 6,4 €/hl pour le produit non dénaturé et de 3,4 €/hl pour le produit dénaturé.

Hogan tente de rassurer

Phil Hogan a tenté de rassurer en précisant que ces importations devront «respecter les normes strictes de l’UE en matière de sécurité alimentaire», que l’accord «confirme explicitement le principe de précaution» et qu’il prévoit des «mesures de sauvegarde» en cas d’augmentation soudaine des importations susceptible de causer un préjudice grave au secteur concerné.

«La Commission est également disposée à aider les agriculteurs à procéder (aux ajustements nécessaires), avec un soutien financier pouvant atteindre 1 milliard € en cas de perturbation du marché», a-t-il également promis. En échange de ses concessions, dont le but était notamment d’obtenir l’ouverture du marché du Mercosur pour les produits industriels européens, les voitures en premier lieu, l’UE a obtenu des quatre pays sud-américains, parmi ses «intérêts offensifs» agricoles, la protection de 357 indications géographiques, l’ouverture de leur marché pour un contingent de 30 000 t de fromage avec des droits réduits à zéro sur 9 ans ainsi que l’abolition à terme de leurs droits sur le vin.

«Inacceptable» : les agriculteurs européens révoltés par l'accord UE/Mercosur

Les agriculteurs européens fustigeaient le 29 juin l'accord commercial entre l'UE et le Mercosur, qui les place selon eux face à une concurrence déloyale et qu'ils dénoncent depuis des mois. La Copa Cogeca, principal syndicat agricole dans l'UE, a fustigé «une politique commerciale à deux poids et deux mesures», qui élargit «le fossé entre ce qui est demandé aux agriculteurs européens et ce qui est toléré des producteurs du Mercosur», dont les normes sanitaires et environnementales ne sont pas les mêmes qu'en Europe.

En Allemagne, le patron du Deutscher Bauernverband, premier syndicat du pays, a jugé l'«accord totalement déséquilibré», au point de mettre en péril «beaucoup d'exploitations agricoles familiales». Quant à la patronne du premier syndicat français FNSEA, Christiane Lambert, elle a dénoncé «un coup dur pour l'agriculture» et «un mensonge, une tromperie» pour les consommateurs, soulignant que «74% des produits phytosanitaires utilisés au Brésil sont interdits en Europe».

Didier Guillaume exprime une volonté de vigilance sur les accords commerciaux

Clôturant le congrès des caves coopératives, le 27 juin à Marciac (Gers), le ministre de l’Agriculture «a exprimé une réelle volonté de vigilance sur les accords commerciaux» tels le Mercosur et le Ceta, a indiqué Boris Calmette, président de la section vitivinicole de Coop de France. Dans son discours, Didier Guillaume a souligné la position de la France: «Nous sommes très à cheval sur le dumping et la concurrence déloyale. Nous devons être vertueux, mais pas être des vertueux imbéciles, et le comble serait que nous importions des produits à cause de cela".

Pour le ministre de l’Agriculture, les distorsions de concurrence les plus importantes sont intraeuropéennes, tant avec les vins espagnols dans le Sud de la France qu’avec les salades allemandes en Alsace. «C’est pourquoi nous avons rétabli le TO-DE», pour réduire la différence de coûts sociaux. Pour Boris Calmette, Paris a «quelques marges de manœuvre politiques en Europe» sur les accords commerciaux pour ménager son agriculture, «même s’il n’échappe à personne que des marchandages sont toujours possibles».

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