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Assemblée générale Jeunes Agriculteurs Bien-être animal : le quotidien des éleveurs

20 avril 2017

Assemblée générale Jeunes Agriculteurs Bien-être animal : le quotidien des éleveurs

Vendredi 14 avril, le syndicat Jeunes Agriculteurs de l’Aveyron a organisé son assemblée générale annuelle à la Maison Saint Pierre à Rodez. A la suite du huis-clos, moment privilégié d’échanges au sein du réseau JA, les participants, adhérents et invités, ont assisté à une table ronde sur le bien-être animal en élevage, sujet ô combien sensible en ce moment.

La première partie de la réunion a permis aux jeunes agriculteurs présents de débattre avec les responsables départementaux, ainsi que Jérôme Pitot, administrateur national, en charge de la filière bovin viande, et Etienne Fouché, administrateur régional. Divers sujets ont été abordés concernant bien sûr l’installation, la PAC, mais aussi la prédation par le loup, motif de grandes inquiétudes chez les jeunes éleveurs de tout le département. Ce huis-clos s’est terminé par une note positive, à savoir l’annonce de la réintégration de toutes les communes aveyronnaises au sein de la zone défavorisée. Les responsables en ont profité pour rappeler l’importance de rester mobilisés sur les dossiers pour se faire entendre dans les plus hautes sphères.

A l’issue de ce temps d’échanges, tous les invités ont assisté à une table ronde sur la question du bien-être animal, animée par Sébastien Granier, co-président de Jeunes Agriculteurs Aveyron. L’introduction a été confiée à Laure Gaillard, vétérinaire au sein du groupe Unicor. Sur demande des JA, elle a rappelé les fondements de cette notion qui peut paraître abstraite et subjective.

Quel statut juridique ?

En préambule, la scientifique a rappelé le statut juridique de l’animal en France. Ce dernier a évolué au sein de trois codes : civil, pénal et rural. Le premier définit l’animal comme un bien meuble depuis 1804. C’est celui qui introduit la notion de propriété de l’homme sur l’animal. Le code rural, quant à lui, prend en compte le caractère sensible de l’animal dès 1976. Il oblige ainsi tout propriétaire à traiter chaque animal «dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce». Enfin, le code pénal sanctionne depuis 1999 les actes de cruauté envers les animaux. Récemment, c’est la réforme de l’article du code civil qui a provoqué de nombreux débats. Néanmoins, pour Laure Gaillard «cette modification n’a été que symbolique puisque l’animal reste toujours un bien». La modification de 2015 n’a en fait qu’introduit la notion de sensibilité, déjà présente dans le code rural.

Comment le définir ?

Les JA ont ensuite demandé à Laure Gaillard de donner une définition du bien-être animal. Après avoir rappelé que l’approche du bien-être animal dépend énormément de l’expérience et de la culture, la vétérinaire s’est appuyée sur le principe des 5 libertés, né en Grande Bretagne dans les années 1960 et repris aujourd’hui par l’organisation mondiale de santé animale (OIE). Cette définition contient les préconisations suivantes :

- absence de faim, de soif ou de malnutrition ;

- absence d’inconfort ;

- absence de douleur, blessure ou maladie ;

- absence de peur et d’anxiété

- possibilité d’exprimer des comportements normaux de l’espèce.

Ces fondamentaux, l’OIE a pour mission de les porter au sein de ses 180 pays membres, dont 150 sont en voie de développement.

Quel regard de la société ?

Laure Gaillard tente ensuite d’expliquer comment le regard de la société a changé ces dernières années. Selon elle, la relation entre l’homme et l’animal a évolué parallèlement à l’exode rural. «Le seul lien qu’un urbain a avec un animal, c’est dans son assiette ou dans les médias». De plus, la notion d’animal utile s’est perdue, au profit de la fonction de compagnie. «L’intensification de l’élevage a aussi joué un rôle, notamment le développement de l’élevage hors-sol, méconnu du grand public qui a l’impression qu’il s’agit d’un élevage caché, et donc suspect».

Au sein des défenseurs de la cause animale, deux courants coexistent aujourd’hui : le «welfarisme» et l’«abolitionnisme». Le premier a pour objectif l’amélioration du bien-être animal, sans remettre en cause les activités d’élevage, à l’inverse du second qui prône l’arrêt de toute activité «d’exploitation» des animaux.

Et dans les élevages ?

Afin d’appréhender le bien-être animal de manière concrète sur les élevages, Sébastien Maurel, directeur d’Uniservice, et Jean-François Alary, éleveur de vaches laitières au Gaec de l’Espérance (Vors), ont livré leur témoignage. Sébastien Maurel a expliqué les dernières innovations dans la construction de bâtiments. «Les priorités aujour-d’hui sont la ventilation, la régulation de la température et la luminosité des bâtiments d’élevage. Avec de nouveaux matériaux nous cherchons en effet à apporter un maximum de lumière tout en préservant les animaux de la chaleur». L’éleveur a ensuite présenté les aménagements et constructions réalisés par le Gaec dans l’objectif de loger 250 vaches laitières avec le plus de confort possible. Cela se traduit par un solarium en accès libre, une ventilation par des cloisons latérales gonflables et dégonflables en fonction de la température, des logettes équipées de matelas en mousse compactée et sciure, des tapis en pneux recyclés, un raclage toutes les 2 heures, une nursery individuelle puis collective en extérieur. Avec tous ces aménagements, Jean-François Alary estime avoir optimisé le confort et la santé des animaux, ainsi que le propre bien-être des éleveurs. En terme de résultat, le Gaec de l’Espérance est dans les plus bas en frais vétérinaires, tandis que la qualité du lait est optimale. Les quatre familles qui vivent de cette exploitation apprécient aussi le confort de travail et la réduction du temps d’astreinte. «Le confort de mes vaches, c’est mon bien-être», a-t-il confié.

Bien des indicateurs peuvent mesurer le bien-être animal. Ils peuvent être liés au niveau de production, à la bonne santé des animaux ou au niveau de stress. Mais selon Laure Gaillard, le plus efficace est le critère éthologique. Basé sur une observation intense du troupeau il permet de déceler les comportements anormaux liés à l’inadaptation d’un animal à son environnement. Une grille d’évaluation existe d’ailleurs depuis 10 ans : le projet Welfare Quality, porté par l’OIE. S’appuyant sur plus d’une trentaine de paramètres cette grille permet de donner une note à un élevage. «Plutôt inusitée aujourd’hui, on peut imaginer qu’à l’avenir cette notation pourrait rentrer dans des cahiers des charges existants, voire créer un label à elle seule. Cela permettrait d’augmenter la lisibilité envers les consommateurs», suppose la vétérinaire.

Valoriser les bonnes pratiques

C’est un projet qui ne paraît pas anecdotique aux yeux de l’interprofession des bétails et viandes, Interbev, tant ses réflexions se sont intensifiées dans le domaine de la communication auprès du grand public. Karen Statkiewicz, directrice de l’antenne régionale, a expliqué le travail en cours, initié il y a un an. «La viande est soumise depuis peu à de nombreuses interpellations médiatiques. Cela a conduit le consommateur à se poser beaucoup de questions sur son impact environnemental, en santé humaine, ainsi que sur le bien-être des animaux d’élevage. Afin de répondre à ces interrogations et endiguer la baisse continue de la consommation de viande, Interbev a créé une commission sur les enjeux sociétaux». Cette commission va s’atteler à qualifier et quantifier les pratiques sociétalement acceptables, sensibiliser la sphère politique, se rapprocher de la société et diffuser de l’information. Une des premières concrétisations de cette cellule est une publication collaborative entre Interbev et 4 ONG environnementales, con-cernant l’élevage bovin allaitant et le climat. A l’issue de ce travail de longue haleine, Interbev ambitionne de mettre en place avec la société un véritable PACTE, pour progrès, avenir, concertation, transparence, expertise. Ces 5 valeurs concerneront tous les maillons de la chaîne de production de viande, de l’élevage à la distribution.

Interbev œuvre aussi à répondre aux attaques des «anti-élevage», qui occupent une grande place dans les medias et sont très offensifs sur les réseaux sociaux. Pour René Debons, éleveur et animateur de nombreux événements de promotion de l’agriculture, «il faut les battre sur leur propre terrain. Ils ne représentent qu’une poignée d’activistes. Nous sommes plus nombreux et devont donc inonder Internet de messages positifs sur nos élevages». Pour cela, Karen Statkiewicz rappelle que les éleveurs peuvent et doivent se former à la prise de parole sur Internet.

C’est aussi un des enjeux qui a été identifié au sein du groupe de réflexion départemental COSE (contre les oppositions sociales à l’élevage). Présidé par Joël Mazars, président de la section caprine de la FDSEA, ce groupe est ouvert à l’ensemble de la profession aveyronnaise. Il a pour objectif de mettre en œuvre des actions afin de maintenir un climat serein en Aveyron autour des projets agricoles. Pour ce faire, plusieurs pistes de travail ont été identifiées comme la formation des agriculteurs, l’accompagnement des projets sensibles, ou encore la promotion de l’agriculture aveyronnaise. «Ce travail doit impérativement être mené de manière collective», martèle Joël Mazars. «Toute la profession doit s’unir pour faire prendre conscience au grand public de l’importance économique de l’élevage en Aveyron».

Anthony Quintard a conclu ces échanges en évoquant un fait : «l’homme de Néanderthal est devenu Homo sapiens quand il a commencé à manger de la viande. A méditer...».

B. CAREL