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Conférence-débat : leur alimentation, notre santé

09 février 2017

Conférence-débat : leur alimentation, notre santé

En partenariat avec le Conseil départemental, Jeunes Agriculteurs Aveyron et le groupe de Camboulazet ont invité, jeudi 2 février, Pierre Weill, co-président de Bleu Blanc Cœur et Marine Gelé, chargée de projet à l’Institut de l’élevage, à donner une conférence grand public sur l’alimentation et la santé.

La conférence débat «Leur alimentation, notre santé. Comment l’alimentation des animaux influence notre assiette» s’est déroulée aux Archives départementales. La soirée a débuté par l’exposé de Pierre Weill, co-président et co-fondateur de la démarche Bleu Blanc Cœur, label alimentaire garantissant des aliments riches en Oméga 3.

Alimentation : second risque pour la santé

Le scientifique, ingénieur agronome de formation, a tout d’abord présenté le rapport entretenu avec l’alimentation qui a beaucoup évolué ces dernières décennies. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale, face à une population traumatisée par la pénurie, la production alimentaire a eu pour principal objectif de lutter contre la faim. Dans les années 1970, la nourriture devait être enrichie pour «donner de la force», 20 ans plus tard elle a dû au contraire s’alléger, jusqu’à aujourd’hui où on privilégie le «sans» : sans gluten, sans OGM, sans pesticides... «Avec la déification de la nature, l’alimentation de demain devra privilégier le bien-être animal, et pourquoi pas, le bien-être végétal», pronostique Pierre Weill.

Le CREDOC (centre de recherches pour l'étude et l'observation des conditions de vie) traite de ces questions en profondeur. D’après leurs études, l’alimentation serait considérée par les personnes sondées comme le second risque pour la santé, après les accidents routiers, alors que la mortalité liée aux problèmes nutritionnels a été divisée par près de 500. Ce lien étroit entre nutrition et santé a tout de même pour effet de faire remonter la part du budget des ménages allouée aux achats alimentaires. Les crises alimentaires ont aussi eu pour effet d’orienter ces achats vers des produits de qualité ou dits «naturels».

Une démarche étayée par des faits scientifiques

Pierre Weill est un passionné des questions alimentaires. Fort du constat que des vaches alimentées avec de l’herbe étaient plus fertiles et produisaient du lait de meilleure qualité, il a cherché quels aliments pour le bétail offraient les mêmes qualités, surtout en terme d’acides gras, que le pâturage. C’est ainsi que Valorex a vu le jour en 1992, se spécialisant dans la graine de lin, mais aussi de pois, de lupin, ou encore de féverole.

Depuis, de nombreuses études sont venues confirmer la pertinence de la démarche de Pierre Weill et de ses associés. Si l’étude «Valomega», conduite avec l’INRA, a démontré le lien entre nutrition animale et qualité du produit, en l’occurrence des œufs et du beurre, c’est l’étude clinique conduite au début des années 2000 qui a réellement lancé la démarche Bleu Blanc Cœur.

Cette expérimentation, pilotée par Bleu Blanc Cœur, le corps médical et scientifique, dans le secteur de la biochimie, s’est basée sur deux échantillons de personnes recevant une alimentation strictement équivalente en nombre de calories mais dont l’un des deux groupes ingère des produits Bleu Blanc Cœur.

En 35 jours de ce régime, les scientifiques ont déjà pu mesurer des effets positifs sur le profil des personnes en acides gras, le sérum, ainsi que sur les membranes des hématies. «Depuis 25 ans nous avons multiplié les études scientifiques, avec 360 publications, portant sur la santé humaine, la zootechnie ou les impacts environnementaux. Nous n’avons plus aujourd’hui à prouver les bénéfices de notre démarche».

Omega 6 et Omega 3 : une question d’équilibre

En seconde partie, Pierre Weill a alerté sur les déséquilibres alimentaires, sources de maladies contemporaines. L’élément déterminant de l’ensemble des études de par le monde est la balance entre les Omega 6 et 3, dont le ratio influe sur le fonctionnement de l’organisme, et notamment sur la qualité du sang. Le ratio idéal doit se situer entre 4 et 5, or aujourd’hui il est bien au-delà.

«Le déséquilibre provient d’une trop forte teneur en Omega 6 dans notre alimentation, influencée par l’intensification de la monoculture, de maïs et tournesol, par exemple», explique le scientifique. Selon lui, la réintroduction des Omega 3 dans l’limentation pourrait prévenir de nombreuses maladies comme l’obésité, les maladies cardiovasculaires, ou encore certains cancers.

Alimentation animale et acides gras à l’étude

Marine Gelé a ensuite présenté une synthèse des études d’impact entre l’alimentation animale et la composition en acides gras des produits issus de l’élevage. Chez les monogastriques, un lien étroit est démontré, qu’il s’agissent d’œufs ou de viande de porc. Chez les ruminants, l’impact alimentaire est plus probant dans le lait. Les études montrent un effet flagrant du taux de pâturage sur la diminution du niveau des acides gras saturés ainsi que l’augmentation des acides gras mono et polyinsaturés, dont les fameux Omega 3 et 6.

Le ratio Omega 6 sur Omega 3 tend aussi à diminuer avec l’augmentation de la pâture. Des effets similaires ont été démontrés avec une complémentation azotée (tourteaux de colza ou de lin, luzerne) et lipidique (graines de soja ou tournesol pour les Omega 6, graines de lin ou de colza pour les Omega 3 et autres acides gras polyinsaturés). Marine Gelé tient néanmoins à préciser que si la qualité des aliments de complément n’est pas optimale, des effets néfastes peuvent apparaître, comme l’apparition d’acides gras trans indésirables.

Au niveau de la viande bovine, l’alimentation influence surtout le profil en acides gras du gras de la viande, ainsi que sa quantité et sa couleur. En effet l’absence de dégradations dues à la rumination entraîne une influence plus directe dans la viande des monogastriques.

Marine Gelé conclut en rappelant que des facteurs tels que la génétique et la santé des animaux entrent aussi de manière prégnante dans la qualité des produits.

B. CAREL