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Le philosophe Francis Wolff explique ce que veulent les végans

11 janvier 2018

Le philosophe Francis Wolff explique ce que veulent les végans

Un an après sa création, le groupe COSE ! qui œuvre pour «favoriser l’acceptabilité sociétale du développement agricole», propose une rencontre avec Francis Wolff, philosophe, qui travaille sur la cause animaliste, vendredi 19 janvier de 13h30 à 16h30 aux Archives départementales de Rodez.

Francis Wolff est professeur émérite de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure de Paris et auteur de nombreux ouvrages dont le dernier en date «Trois utopies contemporaines».

Quel est l’objet de vos travaux ?

F. Wolff : «Mon œuvre philosophique est variée. J’ai enseigné dans de nombreuses institutions françaises en France (Aix en Provence, Reims, Nanterre, Paris) et à l’étranger, en particulier au Brésil. Ma première spécialité est l’histoire de la philosophie ancienne. Mais depuis 20 ans, je travaille aussi sur une réflexion personnelle : les propres de l’homme. Il s’agit de traiter la question animale à travers celle de l’homme.

Une longue réflexion a abouti à un livre publié en 2010, Notre humanité qui retrace l’histoire des grandes révolutions de l’homme. De tout temps, les fondamentaux changent ainsi que la manière dont les hommes se définissent par rapport aux animaux. Et depuis le début du XXIe siècle, les repères continuent de bouger : la définition de l’humanité s’estompe pour des raisons culturelles, scientifiques, et donne une place nouvelle aux théories biologiques, aux sciences du cerveau entraînant une révolution scientifique et morale et une nouvelle considération de l’animal. Les organisations de protection animale sont submergées par de nouvelles revendications.

Aujourd’hui il n’y a plus de propre de l’homme. La définition de l’animalisme ouvre à la notion de droit de l’animal. Il faut s’en méfier, sinon en prendre conscience. Parce que désormais le regard porté à l’animal a changé.

Mon dernier ouvrage Trois utopies contemporaines, évoque ce sujet de société. Sans polémique, il explique simplement en quoi ces nouveaux phénomènes de société comme le veganisme, sont des utopies contemporaines. Il faut les comprendre.

Comment appréhender la problématique de la cause animaliste face à l’élevage ?

F. Wolff : Les organisations animalistes n’hésitent pas à prendre pour cible certaines activités qui ont lien avec les animaux : les chasseurs, les pêcheurs, les éleveurs,... Certains s’y étaient préparés comme les producteurs de foie gras souvent la cible des défenseurs de la cause animale mais la plupart sont victimes de ces excès médiatiques.

Le problème est que ces personnes font naître une confusion en jouant sur l’émotion, en publiant par exemple des vidéos qui heurtent la sensibilité. Mais rien n’est perdu car il ne faut pas confondre l’éphémère que constituent les grands succès médiatiques, la mode vegan, et ce qui est irréversible et s’inscrit dans la sensibilité contemporaine. Considérer par exemple en France que l’on fait de l’élevage industriel...

Que pensez-vous de l’initiative du groupe COSE ! en Aveyron ? En existe-t-il d’autres de ce type en France ?

F. Wolff : Au niveau national, je suis régulièrement sollicité par des initiatives de ce type. A la FNSEA, Christiane Lambert travaille sur cette thématique depuis plusieurs années et j’ai participé à divers événements autour d’éleveurs, d’élèves vétérinaires,... de syndicalistes, Les réflexions se multiplient car le monde de l’élevage prend conscience des dangers encourus face à cette montée en puissance de la cause animaliste.

J’ai accepté l’invitation de l’Aveyron parce que j’ai apprécié l’initiative collective menée sur le sujet. Une initiative excellente. Je pense en effet que rien ne vaut le débat de terrain appuyé sur des expériences concrètes. Les éleveurs pris dans les difficultés économiques de leur exploitation, n’ont pas vu le danger venir, pensant simplement à un phénomène de mode, très lointain de leur quotidien mais les attaques de plus en plus virulentes et directes les ont rappelés à cette dure réalité.

Quels conseils pouvez-vous donner aux éleveurs face à ces attaques ?

F. Wolff : On ne peut pas combattre ce qu’on ne comprend pas. Je pense donc que le premier service que je peux rendre, c’est comprendre ce phénomène, ses racines immédiates, politiques, morales. Pourquoi ce rapport nouveau à l’animal ?

C’est important de le savoir car on constate que les éleveurs ne comprennent pas leurs opposants qui sont des personnes généreuses, empathiques, pacifistes, universalistes mais ancrées dans une idéologie utopique dont il est difficile de sortir.

L’un des objectifs de mon intervention le 19 janvier sera d’apporter un éclairage sur les raisons de cette idéologie, le moment choisi, les personnes concernées, le contenu...

Nous avons affaire à des personnes radicalisées comme celles imbriquées dans une religion, une secte, ce qui rend toute discussion avec elles, extrêmement difficile.

Le plus grand conseil que je peux donner aux éleveurs c’est de s’emparer de la question du bien-être animal. Ils sont les mieux placés pour savoir ce que c’est que de soigner un animal, bien mieux que ceux qui les attaquent. Si les éleveurs ne le font pas, ce seront leurs adversaires, les anti-élevages qui se moquent bien des conditions d’élevage, qui s’empareront de la communication. D’autant qu’ils bénéficient du soutien des grands médias, de certains intellectuels et personnalités.

Les éleveurs doivent dire que la lutte pour le bien-être animal c’est leur affaire et non pas celle d’une poignée de militants qui considèrent de toute façon qu’il n’y a pas de bon élevage. Ce sera plus clair vis-à-vis du grand public.

Il n’est pas trop tard mais les éleveurs ont perdu la première manche. Il faut reprendre la main ! L’initiative du groupe COSE ! est un premier pas. Mais il aura aussi besoin de relais auprès des comités scientifiques, des institutions pour fédérer tous les acteurs concernés, je pense aux éleveurs, aux chasseurs, aux propriétaires de cirque, aux défenseurs de la corrida,...».

Recueillis par Eva DZ