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Première visite de terrain pour la nouvelle préfète

11 janvier 2018

Première visite de terrain pour la nouvelle préfète

Les responsables agricoles de l’Aveyron (FDSEA-JA-Chambre d’agriculture) ont rencontré Catherine de la Robertie, nouvelle préfète de l’Aveyron, jeudi 4 janvier, sur une exploitation ovine de la commune de Roussennac, chez Sylvie et Antoine Stouff.

La nouvelle préfète de l’Aveyron, universitaire de formation, découvre le métier depuis le 2 janvier et l’agriculture aveyronnaise en même temps ! Accompagnée de Laurent Wendling, directeur de la DDT, elle a été reçue jeudi 4 janvier, près de Montbazens, sur l’exploitation de Sylvie et Antoine Stouff à Cabanous, commune de Roussennac. L’élevage compte 400 brebis laitières, avec un système autonome en fourrage sur une SAU de 70 ha. Ce GAEC livre son lait à la coopérative Sodiaal (hors AOP Roquefort). La ferme est très impliquée dans un projet collectif d’unité de méthanisation rassemblant des éleveurs du plateau de Montbazens (lire ci-dessous). Jacques Molières (Chambre d’agriculture), Dominique Fayel (FDSEA), Anthony Quintard (JA) ont accueilli la préfète en présence de nombreux élus locaux et départementaux, dont le président du Conseil départemental, Jean-François Galliard, le vice-président du Conseil départemental et de la commission agricole, Jean-Claude Anglars, la député Anne Blanc, les conseillers départementaux Lot et Montbazinois, Cathy Mouly et Bertrand Cavalerie, le maire de Roussennac, Guy Flottes, et celui de Montbazens, Jacques Molières, également président de la Communauté de communes de Montbazens. Jacques Molières a mis en avant la dynamique agricole aveyronnaise, «l’un des départements qui installent le plus d’agriculteurs». Guy Flottes, maire de Roussennac, a souligné l’essor démographique de sa commune proche de Montbazens, compatible avec le développement économique agricole.

Sylvie et Antoine Stouff ont expliqué à la préfète comment ils produisaient leur lait, avec une approche économique et sociale optimisée, en lien avec la CUMA. Ils ont également transmis à la préfète l’inquiétude des éleveurs face aux dénigrements et attaques sociétales, «l’agriculture bashing», désapprouve Antoine Stouff. «Cette situation est difficile à vivre pour les éleveurs qui font correctement leur métier» a-t-il confié, faisant référence à «l’affaire de la génisse volée» (VP du 28 décembre). «Un acte en effet inadmissible» a répondu la préfète, rappelant les investigations en cours de la gendarmerie.

Dialogue et compréhension

Catherine de La Robertie a exprimé sa satisfaction d’occuper son premier poste de préfète en Aveyron : «c’est ma première sortie et je suis déjà sur une ferme, au contact d’une agriculture d’élevage de qualité, dans un département classé dans le top 5 en nombre d’exploitations agricoles. Ma fonction sera animée par le dialogue, la compréhension, afin de décider les meilleurs actions possibles. J’ai été recteur d’académie en Normandie, et je suis au courant des difficultés du métier d’agriculteur, en lait de vache notamment. Cela est injuste. Je voulais travailler dans un département agricole, sur le terrain».

Dominique Fayel a enchaîné : «ce département se distingue par sa densité agricole, mais aussi sa culture du collectif, de la solidarité, et de la défense du territoire, avec une forme de patriotisme aveyronnais». Il a aussi défendu la profession : «nous voulons travailler dans la sérénité, loin d’une image romantique d’un métier, confrontée à la réalité brutale économique. En décalage avec l’expression du citoyen, l’image qu’il projette sur l’agriculture et son acte d’achat...». Le président de la FDSEA poursuit : «nous avons aussi une minorité d’illuminés, qui idéalisent la nature et considèrent les agriculteurs moins légitimes qu’eux pour parler de nos pratiques d’élevage !». Il a fait allusion aux «fake news» évoqués récemment par le Président de la République, lequel envisage un cadre législatif plus sévère dans le domaine de la circulation des fausses informations. La député Anne Blanc (La République en marche !) a dénoncé les actes de malveillances causant préjudice à la profession agricole, puis mis par ailleurs en avant l’importance des plans d’urbanisme concertés avec l’agriculture. «Ceux qui n’aiment pas le chant du coq ou le son des cloches ne doivent pas vivre à la campagne» a t-elle lancé. Evoquant les Etats généraux de l’alimentation, la député ajoute : «la prochaine loi doit avoir des effets sur le porte monnaie des agriculteurs».

Jean-François Galliard a lui aussi défendu l’agriculture départementale : «nous avons ici le condensé et la force d’un engagement collectif, mais aussi des inquiétudes nées de la déprise agricole. Je souhaite que l’Etat admette que ce département est aussi le vôtre Mme la préfète, pour travailler ensemble et avancer toutes et tous en même temps». Catherine de La Robertie a pris en compte tous ces messages avec la volonté apparente de s’impliquer avec enthousiasme dans sa nouvelle fonction. Elle a ensuite chaussé les bottes pour aller découvrir la salle de traite des brebis, avant de se rendre à la mairie de Montbazens.

D.B.

Méthanisation

Antoine Stouff a insisté sur le collectif agricole, à travers le projet de la SAS PROMETER qu’il préside, rassemblant plus de 70 agriculteurs désireux de créer une unité de méthanisation à Montbazens. «C’est un vrai projet d’entrepreneur, exemplaire, de transition écologique et solidaire, accompagné par les services de l’Etat, avec une garantie scientifique» a loué Catherine de La Robertie. «Bravo pour votre ténacité !».

«Le projet, dont la réflexion avait été initiée en août 2008» confie Antoine Stouff, a en effet demandé «sept années de travail assidu» pour mener à bien le montage du dossier réglementaire, en relation avec les services de l’Etat «qui nous ont bien accompagnés», selon l’éleveur. «Nous avons passé le cap administratif, et depuis février 2017, avons purgé tous les recours possibles, avec une communication partagée avec l’ensemble de la population», et les partenaires, l’Association Energies vertes agricoles du Montbazinois (avec les agriculteurs), ENERIA (expert-construction en production d’énergie), la Caisse des dépôts et consignation.

L’autorisation d’exploiter étant signée, la phase de financement est en cours avec un million d’euros de fonds propres apportés par les éleveurs. L’unité de méthanisation doit traiter environ 100 000 tonnes/an d’effluents d’élevage, plus des déchets des industries agroalimentaires partenaires, pour injecter dans le réseau collectif quelque 5 millions de m3 de biogaz. La première pierre devrait être posée durant l’automne 2018, pour une mise en fonction espérée en 2019-2020.

Le tour des filières

La profession agricole s’est réunie avec Catherine de La Robertie à la mairie de Montbazens. Le maire, Jacques Molières, lui a présenté les chiffres de la ferme Aveyron. Dominique Fayel a rappelé quelques points d’actualité, en premier lieu la zone vulnérable. Il a dénoncé la réglementation imposant «le rallongement des durées de stockage de lisier, nécessitant un investissement sans retour pour une contrainte sans utilité». Il a évoqué le dossier ICHN et le projet de réforme de la carte, et souligné les conséquences de la dernière sécheresse estivale dans le Sud-Aveyron, après des récoltes faibles. Il fut aussi question des lacs colinaires pour sécuriser les systèmes de production. S’agissant du loup, la profession agricole a repris les conclusions de l’INRA sur la non-protégeabilité des troupeaux. Selon la préfète, il faut être «créatif» dans le prochain plan loup (février ou mars). «Il est possible d’envisager une exception culturelle pour ce département en voie de colonisation», dans le cadre de la convention de Berne. Pour Jean-François Galliard, «ce problème du loup est un enjeu de société pouvant mettre en péril le cahier des charges de la filière Roquefort».

Dans le tour des productions, Michaël Chavatte (FDSEA) attend les effets positifs des Etats généraux de l’alimentation sur le prix du lait payé au producteur. Jean-Claude Virenque (UNICOR) a alerté la préfète sur les contraintes sanitaires liées à la FCO4 pour l’export des agneaux. En ovins lait, Patrick Géraud regrette «la perte de vitesse du Roquefort», mais a souligné la demande forte des éleveurs pour investir. En caprin lait, Christophe Estival a confirmé la bonne santé de la filière. En bovins viande, Dominique Fayel a détaillé le poids économique de la filière veaux d’Aveyron et du Ségala, des marchés exports, vers l’Italie ou les pays du Maghreb. Anthony Quintard a mis en avant la dynamique d’installations (128 en 2017). Philippe Viguier, vice-président Crédit Agricole Nord-Midi Pyrénées et Sabine Delbosc-Naudan, présidente-déléguée Aveyron MSA Midi-Pyrénées Nord ont clôturé les échanges.