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Manifestation prédation à Lyon : la déferlente des éleveurs en colère

12 octobre 2017

Manifestation prédation à Lyon : la déferlente des éleveurs en colère

Lundi 9 octobre, la ville de Lyon a assisté à la transhumance de 1 200 brebis, suivies d’autant d’éleveurs, venus clamer leur détresse et leur détermination face aux dégâts considérables causés par le loup dans les pâturages.

Avec une cinquantaine de manifestants, l’Aveyron a répondu présent à l’appel de la FNO, de la FNSEA et des JA, rejoignant ainsi le millier d’éleveurs venus essentiellement des Alpes et du Massif Central, zones les plus touchées par le loup. Le cortège s’est rassemblé place Bellecour et a défilé, au pas des brebis et au son des cloches, pendant environ 3 km avant de rejoindre la préfecture de région. Là une délégation de responsables nationaux a été reçue par le préfet de la région Auvergne - Rhône-Alpes (AURA).

La réunion nationale du 10 octobre ajournée

Les organisateurs se félicitent de la rapidité à laquelle les départements se sont mobilisés. «Cette étape est réussie ! Nous ne pouvons que nous enorgueillir de cette réactivité qui a mobilisé plus de 1 000 éleveurs en à peine 8 jours», a déclaré Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine. Cet appel à mobilisation a été lancé suite au fiasco de la dernière réunion de présentation du nouveau plan loup, qui doit couvrir la période 2018-2023. C’était le 12 septembre à Lyon, à la préfecture de la région AURA, en présence du préfet de région, coordonnateur national du dossier loup. Les ministères de la transition écologique et solidaire et de l’agriculture et de l’alimentation présentent alors un projet jugé contraire aux intérêts de l’élevage par la FNSEA, la FNO, JA et l’APCA. Ces derniers quittent la réunion en claquant la porte, prenant la proposition comme un affront.

Le 15 septembre, Stéphane Travert, ministre de l’agriculture et de l’alimentation se rend sur une exploitation ovine impactée par le loup à Cornus. Toute la profession a de fait le regard braqué sur l’Aveyron. Il annonce que le document présenté est caduque et que les négociations doivent reprendre avec la prise en compte des propositions émanant des éleveurs. Une nouvelle réunion nationale était programmée à Lyon le 10 octobre. C’est pourquoi les syndicats FNSEA, FNO et JA ont émis un appel à mobilisation pour la veille. La réunion nationale a été malheureusement ajournée, mais la détermination des éleveurs présents le 9 octobre à Lyon est, quant à elle, restée intacte.

Nouveau plan loup : un enjeu majeur

Forte du succès de la mobilisation, une délégation a été reçue par le préfet de région qui a pris note des revendications des syndicats, soutenus par le CAF national (regroupant l’ensemble des organisations professionnelles agricoles). Regroupées derrière le slogan «zéro attaque», les propositions de la profession ont pour objectif de remettre l’élevage au cœur des politiques de gestion des grands prédateurs (loup, ours, lynx).

Pouvoir se défendre : un droit fondamental

En tout premier lieu, les éleveurs revendiquent comme droit fondamental la possibilité de se défendre contre toute attaque, sans plafond de prélèvements de loups. Pour cela, les procédures régissant le déclenchement des tirs de défense, simples et renforcés, ou de prélèvement doivent être simplifiées. La profession demande que les préfets départementaux puissent continuer à décider seuls du déclenchement de ces tirs ; a contrario du dernier projet gouvernemental qui visait à transférer cette compétence au seul préfet de région. En outre, les éleveurs auront beaucoup de mal à écarter le loup tout seuls. C’est pourquoi ils demandent le renforcement de la «brigade loup», dont l’effectif est aujourd’hui largement insuffisant au regard du nombre de territoires prédatés.

Les mêmes règles pour tous

Ensuite, la profession déplore un manque d’équité nationale dans la gestion des dégâts générés par la prédation. Ce rééquilibrage doit concerner les modalités d’indemnisation entre les trois grands prédateurs (loup, ours, lynx), ainsi que les autorisations de tirs dans les différentes zones impactées. De plus, la profession réfute totalement de conditionner les indemnisations en cas d’attaque à la mise en place préalable de mesures de protection. En revanche, les aides à l’installation des éléments de protection des troupeaux, aujourd’hui supportées par le ministère de l’agriculture, doivent être, selon le CAF, du ressort du budget du ministère de l’écologie. Enfin, la profession souhaite plus d’équité dans la gouvernance du dossier avec la réactivation du Groupe national loup, dans lequel pourraient siéger des scientifiques ainsi que des représentants des maires des communes confrontées à la prédation.

A l’issue de l’entretien à la préfecture de région, la délégation FNSEA, FNO et JA a annoncé que le préfet coordonnateur a assuré que l’ensemble des revendications des éleveurs seraient prises en compte. Les responsables vérifieront la véracité de ces propos à l’issue de la prochaine réunion nationale dont la date n’est pour l’heure pas connue. En attendant, Michèle Boudoin assure de sa «ténacité et pugnacité à porter haut et fort ces revendications si légitimes».

Un impact multi dimensionnel

La mobilisation du 9 octobre a aussi permis de faire prendre conscience, à la fois aux pouvoirs publics et aux citoyens, de l’impact de la prédation sur un élevage pâturant, transhumant, et vertueux par rapport aux attentes de la société.

Tout d’abord, l’impact du loup est financier. Le coût pour la société se répartit sur deux volets?: les indemnisations liées aux pertes, supportées par le budget du ministère de la transition écologique et solidaire, et les aides liées à la mise en place des mesures de protection financées par le ministère de l’agriculture et de l’alimentation. En 2004 l’ensemble des dépenses liées au loup s’élevaient à 1,8 million d’euros, pour 2 557 victimes, contre 26,5 millions d’euros et 10?234 victimes en 2016. Sur le budget de l’an passé, 3,2 millions d’euros ont servi à indemniser les éleveurs et 23,34 millions d’euros ont été dépensés en mesures de protection. «Un coût intolérable pour le budget agricole !», dénoncent les responsables syndicaux.

L’impact du loup est aussi environnemental. La pression de la prédation a déjà conduit à l’abandon des activités d’élevage dans certaines zones, notamment des Alpes. S’ensuit l’embroussaillement des territoires et avec lui un appauvrissement certain de la biodiversité ainsi qu’un risque d’incendie accru. Alors que les soutiens publics s’orientent vers le maintien des espaces ouverts, la présence du loup provoque l’effet inverse. Un paradoxe que les éleveurs ont à cœur de mettre en lumière.

Enfin, l’impact du loup est social. Les éleveurs soumis à la prédation témoignent d’une angoisse permanente pour leur troupeau, d’un surcroît de travail, lié à la surveillance, qui se répercute sur leur vie privée. Cette pression constante devient intolérable pour ces éleveurs qui contribuent pourtant à préserver un patrimoine culturel majeur en milieu rural : l’agro pastoralisme. La présence de nombreux medias nationaux le 9 octobre à Lyon a permis de véhiculer l’ensemble de ces messages.

Les responsables aveyronnais se sont aussi exprimés lors de la manifestation, faisant part de leur profonde inquiétude quant à l’implantation grandissante du loup sur les Grands Causses. «Les experts estiment que les causses représentent un habitat rêvé pour le loup», a rappelé Dominique Fayel, président de la FDSEA de l’Aveyron. Germain Albespy, co-président de JA Aveyron, se demande, quant à lui, «comment inciter des jeunes à s’installer dans ces conditions?? Quel avenir, professionnel ou privé, peut-on leur offrir dans les territoires prédatés ?». Pour François Giacobbi, président du CDASA, «il est indipensable que chaque éleveur puisse défendre son troupeau ! C’est la seule vraie solution».

B. CAREL