lavolontepaysanne.fr Actualités - Agriculture - Aveyron
Elevage - Cultures - Machinisme - Ruralité

Archives VP
8ème Journée des CUMA employeurs : la reconnaissance du salarié en avant

15 février 2018

8ème Journée des CUMA employeurs : la reconnaissance du salarié en avant

La 8ème Journée des CUMA employeurs s’est déroulée le jeudi 8 février à Lardeyrolles, commune de Castanet, autour du thème : «la reconnaissance au travail vers les salariés de CUMA».

L’Aveyron compte 269 Cuma dont 59 emploient au moins un salarié. La FD CUMA a recensé en 2017, 135 salariés CUMA (en hausse de 4), 62 sont des équivalents temps plein (ETP), et 90 en CDI. «Entre 2006 et 2017, nous sommes passés de 36 à 62 ETP», relève Philippe Clamens, président de la commission emploi FD CUMA, adhérent de la CUMA de Gabriac. Il a accueilli à Lardeyrolles des responsables de CUMA employeurs et environ une vingtaine de salariés CUMA. La journée était organisée en deux parties, avec la matinée consacrée aux échanges, le déjeuner pris en commun entre employeurs et salariés, puis l’après-midi, par la présentation de la CUMA de Lardeyrolles (activités, partenariats avec les autres CUMA).

Le groupe de salariés CUMA a échangé sur les actions proposées (journées thématiques, formations) et la circulation des engins agricoles (réglementation, bonnes pratiques), avec la participation de Christophe Marti, conseiller prévention des risques professionnels à la MSA. De son côté, le groupe des employeurs a participé à une table ronde intitulée : «Comment exprimer la reconnaissance au travail vers les salariés de CUMA». Elle était animée par Philippe Holt, de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) Occitanie-Toulouse, avec les témoignages de Robert Ginisty, adhérent de la Cuma de Villecomtal, et de Philippe Rech et Gilles Aussibal, adhérents de la CUMA de Baraqueville.

«Conserver les salariés»

«La journée a en effet pour objectif d’échanger», résume Philippe Clamens, «sur la reconnaissance du travail des salariés en CUMA au moment où la demande d’embauche est soutenue, avec trop peu de candidats. Notre objectif est de conserver nos salariés et de les motiver. Le groupe de salariés a travaillé sur la formation, leurs préoccupations de terrain, avec un volet relatif à la sécurité dans le travail, un autre aspect important au sein des CUMA». Les responsables et adhérents CUMA ont témoigné sur le processus d’embauche de salarié, leur réflexion collective appuyée sur l’engagement des adhérents, et les questions posées en terme de planning et d’organisation du travail chez les agriculteurs. En règle générale, la mise en place de service complet favorise le planning du travail, avec cependant quelques inquiétudes pour optimiser les pointes de main d’œuvre chez des adhérents. «Toute cette réflexion initiale nous a permis de remettre à plat l’organisation de notre travail» confie Robert Ginisty. «Nous embauchions des saisonniers au début et la création d’un premier poste à temps plein a été plus efficace pour tout le monde», ont complété Gilles Aussibal et Philippe Rech.

Travail et rémunération

Différents autres points ont été soulevés lors de la table ronde, notamment l’importance d’avoir des salariés autonomes, polyvalents, et de les impliquer dans les décisions de la CUMA, par exemple lors d’acquisition de nouveaux matériels. «Il est judicieux de consulter les salariés sur les aspects techniques» souligne Robert Ginisty, «car ce sont eux qui conduisent les engins, qui aiment les conduire avec passion». Gilles Aussibal atteste : «nos salariés sont associés à chaque étude de projet d’acquisition de matériel. Ils sont demandeurs. Quand nous pouvons réduire un prix de revient, l’implication du salarié partageant cet objectif se traduit aussi pour lui par une prime sur son salaire horaire».

Cette approche contribue à «la reconnaissance du travail du salarié qui est aussi égale à la rémunération», appuie Philippe Holt. Ce dernier a aussi mis en exergue le travail de management au sein de la CUMA, mission confiée à des niveaux divers au responsable du planning de travail ou au responsable de chaque activité matériel. S’agissant du recrutement, il est souvent piloté par deux ou trois adhérents CUMA, dont le président, en lien avec l’association des salariés agricoles (ex ASAVPA), Pôle emploi, les petites annonces de la Volonté Paysanne, ou le bouche-à-oreille. «En général, l’embauche se fait localement», affirme Robert Ginisty. Autre point contribuant à favoriser la satisfaction du duo employeur-salarié, l’entretien annuel individuel permettant à chaque partie «de se dire les choses». La revalorisation du salaire y est évidemment évoqué, et «nous y sommes attentifs», dit encore Robert Ginisty. «Mais le salaire n’est pas tout», tempère Philippe Rech, «relatant des entretiens où le salarié ne parle jamais de salaire». La sécurité dans le travail, les conditions de travail, l’usage d’outils conformes font aussi partie des préoccupations des salariés en CUMA. Dans tous les cas, les entretiens individuels «qui sont aussi des espaces d’écoute et de discussion», sont jugés importants pour Philippe Holt. «Il y est dit ce qui va et ce qui ne va pas !», insiste Robert Ginisty.

Trois dimensions «pour donner du sens»

En conclusion, Philippe Holt, a rappelé les trois dimensions présidant la reconnaissance du salarié agricole au sein du réseau CUMA. Pour lui, la première dimension, fondamentale, est celle de l’emploi, précisément de la valorisation du salarié, à travers la prise en charge de ses déplacements, de ses frais de repas, d’un forfait de téléphone mobile, avec des perspectives définies (installation ou non comme agriculteur), formations, évolution de la grille de salaire, et l’équité entre les différents salariés de la CUMA. Deuxième dimension, la relation dans le travail, avec les responsables, les adhérents, et surtout les collègues salariés. Enfin, la troisième dimension est plus ciblée sur le travail, autrement dit les responsabilités du salarié, son autonomie, laquelle ne doit pas être exclusive, car le salarié a aussi besoin d’un donneur d’ordre. Avec aussi un volet appelé innovation, illustré par la prise de parole, l’écoute, avec comme notion majeure, le sens au métier, lequel doit être «le résultat de tout le reste», estime Philippe Holt. Il conclut : «fidéliser un salarié, c’est jouer avec toutes ces dimensions-là, pour lever toutes les ambiguïtés éventuelles, en étant clair et structuré dans l’organisation et les relations de travail».

D.B.