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Semis direct et couverts végétaux à Anglars St-Félix : des éleveurs bien dans leurs bottes !

15 aout 2019

Semis direct et couverts végétaux à Anglars St-Félix : des éleveurs bien dans leurs bottes !

 

Philippe Chabbert, éleveur ovins lait sur le Rignacois, pratique l’agriculture de conservation des sols depuis de nombreuses années, il a «converti» son associé Bertrand Rey, lorsqu’ils ont réuni leurs deux exploitations au sein du GAEC de la Draille !

Il y a plusieurs années, Philippe Chabbert a participé à une réunion animée par Konrad Schreiber avec l’association Clé de Sol au lycée La Roque, sur l’agriculture de conservation des sols, il en est ressorti convaincu : «C’est ce qu’il faut faire !». «Je me posais depuis quelques temps des questions sur la dégradation de mes sols, je labourais mes parcelles deux fois pas an, je pratiquais même une double culture, sur les champs irrigués, et je commençais à rencontrer de gros problèmes d’érosion», détaille Philippe. Il se souvient d’un orage une année en septembre où 2000 à 3000 m3 de terres sont partis dans l’étang à 500 m de là ! «Je me suis dit stop !», se souvient Philippe qui avait d’ailleurs de plus en plus de difficultés à travailler des sols de plus en plus compactés, avec des rendements plafonnés... Philippe était alors installé en individuel sur un élevage de brebis laitières. «Le plus compliqué c’est d’être convaincu !», explique son associé, Bertrand Rey. Quand ils ont réuni leurs deux fermes et leurs deux troupeaux de brebis laitières livrant à Tempé lait, Bertrand n’était pas vraiment convaincu par le semis direct et les couverts végétaux que Philippe avait mis en place sur son exploitation... «Mais j’ai vu quelques vidéos, participé à des réunions d’infos, échangé avec d’autres agriculteurs qui avaient ce type de pratiques et je m’y suis mis !».

«Nous avons commencé par le plus facile, les couverts d’été», explique Philippe, «parce que même si ça ne marche pas comme on ne faisait rien à cette période là, ça ne change rien pour nous ! Par contre ça permet de faire pâturer les brebis à la période sèche. Nous semons en mai et nous faisons pâturer les couverts l’été là où le lait est le mieux valorisé». Les semis couverts restituent tout ce dont les sols ont besoin et permettent de préparer la suite... Les deux agriculteurs alertent tout de même sur le risque de montée en graines de certaines plantes.

Un groupe de 7 agriculteurs en CUMA s’est constitué à Roussennac pour acheter un semoir pour le semis direct : à partir de là, Philippe et Bertrand ont pu mettre en place plus facilement leurs rotations de culture. «Il ne faut pas hésiter à tester, et ne pas avoir peur de l’échec, il faut simplement chercher les raisons de l’échec pour corriger, c’est ainsi que l’on avance», encourage Philippe, «parce que toutes les années ne se ressemblent pas, la météo étant la variable d’ajustement».

"Etre encore plus performants"

Les prairies de légumineuses sont aussi simples à mettre en place : elles apportent les protéines très bien valorisées par les brebis et enrichissent le sol avec des reliquats azotés pour les cultures suivantes. Par contre les prairies de graminées sont plus complexes, selon Philippe et Bertrand. Ils réalisent régulièrement des analyses de sol pour voir l’impact de leurs pratiques : les taux de matières organiques progressent, les parcelles sont plus faciles d’accès, la terre est franche, plus limoneuse..., la ration gagne en qualité grâce aux couverts d’hiver... Et les agriculteurs ont gagné du temps dans le travail : «nous ne cassons plus de cailloux !». Ils sèment 30 ha en 2 jours avec 200 litres de gazole et consacrent une journée au désherbage sauf pour le maïs qu’ils récoltent en épi donc pas de déherbage.

«Notre objectif est de continuer à diminuer le poste herbicide et fongicide. Nous constatons le retour d’un certain nombre de plantes (brome sauvage, vulpin...) dont nous nous sortons avec les rotations. Le temps gagné à travailler le sol, on le prend à observer le sol, à veiller aux prédateurs comme les mulots attirés par les vers de terre !», souligne Philippe. Quasiment la totalité des 100 ha de SAU ont été semés en semis direct l’année dernière : «400 kg de carbone sont stockés dans les parcelles en semis direct quand on sait qu’un Français en rejette 12 tonnes par an... ça donne à réfléchir».

«Notre objectif est d’être encore plus performants, de travailler moins le sol... et de continuer à expérimenter notamment sur le maïs», soulignent les deux agriculteurs, pour l’instant peu convaincus par le Strip till qu’ils ont acheté. «Nous réfléchissons à l’achat d’un semoir mono graine adapté pour le maïs... peut-être en CUMA».

Et sur la question du glyphosate, Philippe et Bertrand savent que ce sera compliqué de continuer l’agriculture de conservation sans lui. «Ce que l’on observe dans nos parcelles, c’est le retour d’une flore (et donc des abeilles) et d’une faune que l’on ne voyait plus, une érosion contenue, un fourrage avec un maximum de protéines bien valorisées par nos brebis... Pour exemple derrière des méteils, nous avons semé des couverts en trèfle sur une parcelle qui a été pâturée 7 fois ! Et nous a permis de produire 6 000 litres de lait ! Sans la travailler...». Un exemple parmi d’autres qui seront à découvrir le 19 septembre à Buzeins.

Eva DZ