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Changement climatique : l’Aveyron s’adapte !

16 janvier 2020

Changement climatique : l’Aveyron s’adapte !

Jean-Christophe Moreau de l’Institut de l’élevage, Sébastien Chatre de RAGT2n et Jérôme Reynier de CADAUMA Machines Agricoles ont contribué à alimenter les discussions sur les pistes d’adaptation au changement climatique, pour l’élevage en évoquant notamment les axes de recherche et développement des semences variétales et de la mécanique agricole.

«Le changement climatique est une réalité : les températures augmentent partout dans le monde, les précipitations sont soumises à une plus grande variabilité», le constat de Jean-Christophe Moreau est clair. Ce changement climatique est la conséquence des émissions de gaz à effet de serre notamment depuis les années 70 et le développement des énergies fossiles, des transports, de l’habitat... Les émissions du secteur agricole, elles, n’augmentent pas, excepté dans les pays en fort développement agricole, a assuré l’expert. Précisant qu’en France, 21% des émissions de GES sont d’origine agricole (dont 8% émises par les herbivores).

Quels impacts pour l’élevage ?

D’abord pour le bien-être des animaux qui produisent eux-mêmes beaucoup de chaleur : à partir de 25° ils doivent faire un effort d’adaptation pour garder leur zone de confort, et à plus de 30°, ils peuvent être en souffrance. Les effets sont directs : en bovins lait, c’est moins de production, des TB et TP en baisse, des IVV plus longs, une diminution de la fertilité, un abreuvement en hausse...

«Nous sommes sûrs que les températures ont évolué et continueront d’augmenter tout comme l’évapotranspiration, il y aura donc plus de sécheresses. Les précipations seront moindres sans que l’on sache précisément dans quelle mesure. Mais il est certain que nous n’aurons plus une année dans la moyenne : ce sera le chaos !», estime Jean-Christophe Moreau. La pousse de l’herbe, la gestion des prairies seront donc impactées. Les intervalles floraison - récolte seront raccourcis. Et l’ensilage du maïs sera avancé au 15 août ! Pour anticiper les baisses de rendement des plantes, plusieurs essais ont été menés comme le sorgho grain ensilé quand il n’y a pas la possibilité d’irriguer... Peut-être une solution alternative... Pour les prairies, la courbe de pousse sera forcément perturbée avec une hausse des rendements au printemps, une mise à l’herbe plus précoce, une hausse du ratio de fauche au printemps.

«Le problème, ce sont les aléas»

«S’adapter au changement climatique, c’est d’abord sécuriser son système d’exploitation face aux aléas», avance Jean-Christophe Moreau : allonger la durée de pâturage, diversifier les fourrages à stocks, augmenter la production estivale pâturable, suivre la pousse de l’herbe, diversifier les couverts prairiaux, les modes de récolte, prévoir un maximum de parcellaire à double usage, adapter les bâtiments en période chaude, planter des arbres pour abriter les animaux... «D’autres changements seront à prévoir dans les années à venir face à ces aléas climatiques», prédit l’expert. «La clé est de proposer des voies d’adaptation gagnantes et des inter-actions permanentes face au changement climatique».

RAGT : s’adapter aux besoins

Sébastien Chatre de RAGT2n a présenté l’investissement réalisé par le groupe aveyronnais en matière de recherche variétale pour s’adapter au changement climatique. «Avant, notre critère de sélection était le rendement, aujourd’hui, la productivité est bien sûr toujours importante mais nous misons aussi sur la sécurisation du rendement». Les solutions génétiques portent sur la tolérance, la résistance. «Le changement climatique, on le vit depuis plusieurs années dans nos travaux de recherche parce qu’il faut du temps pour la sélection d’une fourragère (15 ans) ou d’un maïs (8 ans) pour offrir une meilleure réponse variétale». RAGT2n travaille aussi bien les variétés avec ou sans irrigation, des variétés qui s’adaptent au besoin en eau.

«La sélection s’appuie sur les acquis du patrimoine génétique, nous y amenons la diversité selon nos critères», avance Sébastien Chatre. Le groupe RAGT s’appuie sur les tests réalisés sur ses 350 000 micro-parcelles de 15m2 dans le monde et sur le million de données générées par jour sur la recherche. «L’important est de garder la cohérence entre ce que l’on veut faire et comment on veut le faire. Les solutions, les innovations sont possibles mais il faudra du temps en fonction des choix technologiques».

CADAUMA : des outils pour s’adapter

CADAUMA Machines Agricoles contribue à apporter des solutions au changement climatique : cela passe par des économies d’énergies, des modifications des itinéraires techniques... Jérôme Reynier a présenté les innovations réalisées mais aussi les projets en cours et à l’étude pour adapter le matériel agricole. «Les moteurs thermiques ont beaucoup évolué pour baisser leur consommation en développant par exemple, la transmission à variation continue sur les tracteurs (-2 litres/h, soit -20% et moins de CO2 rejeté). Des prototypes de tracteurs électriques vont arriver sur le marché, destinés surtout à la vigne et au maraîchage, aux collectivités). D’autres outils électriques sont déjà en vente : mélangeuse... De nouveaux outils permettent de réaliser des économies comme l’autoguidage GPS pour éviter les recoupements sur les parcelles (moins de consommation et gain de temps), l’optimisation des parcours intra-parcellaire (calcul du parcours idéal), la modulation des doses d’engrais, le pilotage en temps réel de la pression des pneus (jusqu’à 8% d’économie de carburant)...», a-t-il cité.

Côté itinéraires techniques, les fabricants de matériels se sont adaptés au non labour, aux TCS (Techniques Culturales Simplifiées), aux semis sous couverts, au strip till (travail à la bande et non à la parcelle)... Des robots se développent aussi pour le lisier, repousser le fourrage, désherber mécaniquement... «Nous avons à gérer un antagonisme entre économies d’énergies et respect de l’environnement», avance Jérôme Reynier. Le débat sur la suppression du glyphosate en fait partie... En matière de pulvérisation, le progrès est aussi en marche à travers la recherche. Le travail porte sur un ciblage plus précis (18 - 24 m, capteur sur adventice...), une application pour repérer les zones à adventices par drône qui transmet en direct au tracteur... Une nouvelle personne a été embauchée à CADAUMA Machines Agricoles pour faire connaître ces nouvelles technologies. «Il y a beaucoup de projets, des solutions innovantes et encore beaucoup de recherche pour obtenir une efficacité identique en étant plus économe», a conclu Jérôme Reynier.

Eva DZ