lavolontepaysanne.fr Actualités - Agriculture - Aveyron
Elevage - Cultures - Machinisme - Ruralité

Archives VP
OP Productions animales d’UNICOR : pour une association éleveur-consommateur

16 mars 2017

OP Productions animales d’UNICOR : pour une association éleveur-consommateur

Pour l’assemblée générale réunissant ses deux productions animales principales (bovin et ovin), mercredi 15 mars, la coopérative UNICOR avait invité Olivier Mevel, maître de conférence à l'Université de Bretagne Occidentale. Son discours fut très positif autour des valeurs ajoutées de ces deux filières en 2017.

«Sur 100 euros de dépenses alimentaires, 30 sont destinés à l’enseigne de distribution et seulement 7,8 à l’agriculteur ! Jusqu’où ira-t-on ?», interroge en préambule Olivier Mével. Sachant qu’en 15 ans, le revenu agricole a dégringolé de 25% ! «La question aujourd’hui est de savoir comment on valorise un produit Cœur de gamme qui représente 40% des ventes, un segment pris en étau entre le premium (10%) et surtout les promotions et Marques de Distributeur (MDD) (50%)», poursuit-il. «Reste à savoir aussi quels produits les enseignes considèrent-elles comme du Cœur de gamme?? Pour certaines, ce sont les animaux qu’elles ont choisis?!».

Pour Olivier Mével, les agriculteurs font face à plusieurs murs. Le premier : celui «hypocrite» des industriels - abatteurs avec un leader, Bigard qui pèse 40% des abattages, 60% de l’approvisionnement des distributeurs et 70% du haché commercialisé en GMS et RHF. «Alors que son discours est qu’il ne gagne pas d’argent arguant que 75% des coûts de transformation sont inclus dans le prix d’achat des bovins !», souligne incrédule l’expert.

«Reprenez la bataille !»

Le deuxième mur est celui «cyniquement assumé par les GMS d’un petit jeu du prix le plus bas». Olivier Mével conseille aux éleveurs de «reprendre la bataille par la relation directe avec le client qui recherche ce lien avec les producteurs». «Alors que vous travaillez nuit et jour dans vos fermes pour quelle plus value quand d’autres en 3 jours dans leur rayon, gagnent 30% de valeur sur vos produits ! Ne vous laissez pas faire ! Mettez en avant les efforts des enseignes comme Carrefour et Système U qui se sont engagés dans le Cœur de gamme et montrez du doigt, celles qui ne l’appliquent pas !».

Le troisième mur est la transparence de la filière bovine exigée par les consommateurs qui veulent retrouver «le vrai goût» de la viande. L’un des problèmes est le manque d’innovation dans le produit vendu. «Aujourd’hui le consommateur veut qu’on lui parle du producteur, de son lien à l’environnement, du bien-être de ses animaux. Il est aussi soucieux du bien-être de l’éleveur et de son revenu, c’est ce qu’ils affirment en tout cas dans nombre d’enquêtes de consommateur», assure Olivier Mével.

Le problème réside aussi, selon Olivier Mével sur l’accumulation de lois sur le commerce : «trop de lois pour rien car la structure de marché reste prépondérante». Pour y faire face, il préconise une association privilégiée entre consommateur et éleveur : «une association que craignent les distributeurs !», rappelant qu’ils sont les deux maillons indispensables de la filière : l’offre et la demande. Les résultats sont là : Bigard perd des parts de marché à cause des marques locales et régionales portées par les éleveurs. «Et là dessus, les consommateurs ne négocient pas le prix car ils sont heureux d’y avoir accès !», confirme Olivier Mével. Les consommateurs font confiance aux éleveurs (39,5%), aux artisans bouchers indépendants (30%) plutôt qu’aux distributeurs (3,3%). A ceux qui pensent que la viande est mauvaise pour la santé, Olivier Mével incite les éleveurs à aller à leur rencontre : «Il n’y a que vous pour les convaincre et apporter les bons arguments et ainsi rétablir un lien de confiance !».

Une filière plus collaborative

Le consommateur a plusieurs priorités dans son acte d’achat de viande et ce sont ceux-là à prendre en compte : la recherche du plaisir gustatif, l’origine France, l’aspect visuel, la race et le prix abordable constituent 56% de la valeur ajoutée pour le client.

Dans sa conclusion, Olivier Mével a encouragé les responsables d’UNICOR à créer leur propre univers : «appuyez-vous sur l’organisation de vos filières, sur le lien entre l’homme et l’animal au quotidien dans vos fermes, sur la valeur ajoutée de vos produits, votre lien au territoire, pour donner sens à votre démarche envers le consommateur. Il y sera forcément réceptif ! Demandez-leur quelles sont leurs attentes. Fonctionnez de l’assiette à la ferme !».

Eva DZ

Nous reviendrons en détail sur l’assemblée générale des OP Productions animales d’UNICOR dans notre prochaine édition (lire aussi ci-contre).