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Conférence et journée d’échanges : les agricultrices prennent leur place !

17 octobre 2019

Conférence et journée d’échanges : les agricultrices prennent leur place !

Il y a un an à l’initiative de deux jeunes agricultrices membres de JA, un groupe s’est créé pour encourager les agricultrices, et elles sont de plus en plus nombreuses, à s’engager pour défendre leur métier et leur place. Elles se sont retrouvées pour une journée d’échanges mardi 15 octobre à Rodez.

A l’image de la féminisation de l’agriculture au niveau national et en Aveyron, les agricultrices étaient nombreuses à participer à la journée d’échanges autour de l’engagement au féminin. Chefs d’exploitation, membres de GAEC, conjointes collaboratrices, tous les profils étaient représentés, de même que la diversité des productions et des régions naturelles du département. «Ca me fait chaud au cœur de voir toutes ces femmes réunies et réfléchir ensemble pour encourager d’autres agricultrices à les rejoindre», a introduit Marie-Thérèse Lacombe en doyenne de la rencontre et de l’engagement des femmes en agriculture.

«La relève est là !»

Parce qu’il est important de savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va, Marie-Thérèse Lacombe a rappelé quelques points d’histoire. Et l’histoire n’est pas si éloignée que cela, du temps où les femmes n’avaient pas leur mot à dire sur les fermes : «elles étaient des bras de plus pour travailler et elles assuraient la descendance !», se souvient Marie-Thérèse Lacombe, qui toute sa vie a travaillé «sans titre» pour une «retraite minable». De son engagement à la JACF où elle a rencontré Raymond Lacombe à son arrivée en Aveyron en 1958 : «notre première décision a été de construire notre propre maison pour ne pas subir le fléau de la cohabitation avec les beaux-parents !». De ses actions militantes au niveau national pour faire reconnaître la place des femmes dans l’agriculture à son implication locale dans les groupes de vulgarisation féminine. «Dans ces groupes, les femmes ont travaillé sur des sujets concrets : amélioration de l’habitat, mise en place de petits élevages hors-sol, prise en main de la comptabilité et de la TVA...», se souvient-elle. Et de revenir sur les faits marquants de la reconnaissance des femmes en agriculture : transparence dans les EARL en 1985, reconnaissance des associés dans la DJA en 1987, statut conjoint collaborateur en 1999, couverture sociale en 2006, GAEC entre époux en 2010... «Mais il y a encore beaucoup à faire», avance Marie-Thérèse Lacombe. Sabine Naudan - Delbosc, vice-présidente de la MSA pour l’Aveyron, évoquant ainsi la présence d’une cinquantaine de femmes toujours sans statut en Aveyron aujourd’hui.

Maman de 5 enfants, agricultrice et vice-présidente de la MSA

Sabine justement, a présenté son parcours. Celle qui ne se destinait pas à l’agriculture a choisi de prendre le relais de sa maman sur la petite ferme familiale à Lassouts, en 2003. A 41 ans, elle est maman de 5 enfants (de 3,5 à 13 ans) et est engagée à la MSA depuis 2005. «Je ne concevais pas d’être agricultrice sans m’engager. C’est Jacques Bernat alors président de la MSA, qui est venue me chercher !», se souvient-elle. Jacques Bernat fut d’ailleurs l’un des pionniers dans la féminisation du conseil d’administration d’une OPA avec aujourd’hui 7 femmes sur 9 administrateurs pour l’Aveyron à la MSA !

«Je ne vais pas le cacher, la vie au quotidien c’est du sport ! Il faut bien s’organiser et prioriser : mon rôle de maman, mon métier d’agricultrice et mon engagement à la MSA. C’est une organisation, il ne faut pas s’attacher aux détails !». Pour elle, l’engagement a été naturel : «je pense qu’avant tout les femmes doivent avoir envie de s’engager, ça ne doit pas être une obligation. Personnellement, passer du temps en dehors de la ferme, c’est source d’épanouissement personnel. Alors c’est sûr il y a parfois les non-dits sur le fait que j’ai 5 enfants à la maison et une ferme à faire tourner et que je consacre en moyenne 3 jours par semaine à la MSA mais j’ai la chance d’être bien accompagnée par mes proches et mon mari qui va me rejoindre sur la ferme».

Maman de 3 enfants, agricultrice et secrétaire général FDSEA

Son engagement dans le syndicalisme, Valérie Imbert (47 ans), en GAEC avec son mari à Saint Santin depuis 14 ans, présidente de la section bovins viande FDSEA et secrétaire générale de la FDSEA, le doit aussi à ses proches : «mon mari, mes 3 enfants (15, 17 et 21 ans), mes beaux-parents m’encadrent bien et je ne pourrais pas partir si je n’étais pas sûre qu à la maison et sur la ferme, ça suit !». Engagée dans le secteur bovins viande, a priori très masculin, Valérie n’a jamais ressenti de freins : «Bien sûr l’engagement ça fait un peu peur mais aux hommes parfois aussi ! J’avais simplement envie d’avancer, de mener mon combat d’agricultrice, à mon rythme et petit à petit j’ai fait ma place». Pour elle, «être en responsabilité est plutôt gratifiant : on participe à la construction de l’agriculture de demain».

Maman de 2 enfants, agricultrice et présidente du pôle élevage à la Chambre d’agriculture

Virginie Albespy (35 ans) est agricultrice en GAEC avec son mari Germain, lui aussi engagé syndicalement, sur la commune du Bas Ségala. Elle ne se destinait pas forcément à l’agriculture mais le projet qu’avait Germain sur la ferme familiale l’a convaincu de se lancer, en 2008. Les premières élections Chambre d’agriculture avec la parité se profilant, elle a été contactée ! «J’avais 27 ans, j’avais eu mes deux enfants (âgés aujourd’hui de 8 et 11 ans), et j’avais besoin de faire quelque chose pour moi en lien avec mon métier. J’ai dit oui !», se souvient Virginie. Et pour son premier mandat, elle a pris la responsabilité du Contrôle laitier caprin. Depuis les dernières élections, elle a pris la responsabilité du pôle élevage à la Chambre d’agriculture. «J’ai réussi à faire ma place, je connais les rouages et puis, quand on est une femme, on ne peut pas se permettre de faire une réunion de 3h sans avancée ! C’est pour moi inconcevable. Si on s’engage c’est pour faire avancer les choses». A la ferme, c’est facile de se faire remplacer mais à la maison c’est plus compliqué ! «Si je m’épanouis dans cet engagement c’est aussi grâce à mon mari, mes enfants, ma famille. Chacun se responsabilise et nous avançons en confiance».

Plusieurs formes d’engagement

S’engager comme on veut, quand on veut, c’est le message que ces agricultrices veulent faire passer. «Une journée sur l’engagement au féminin comme celle d’aujourd’hui est importante parce qu’elle montre qu’on peut s’engager à tout niveau, que ce soit localement pour sa commune, ou dans les filières, les organisations professionnelles, le syndicalisme, chacune peut trouver sa place, il suffit d’oser, de ne pas se sous-estimer», un joli message d’espoir pour toutes celles qui hésitent encore !

Eva DZ