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Visite en Aveyron de X. Doublet, chargé de mission loup : l’Aveyron, zone difficilement protégeable

21 mars 2019

Visite en Aveyron de X. Doublet, chargé de mission loup : l’Aveyron, zone difficilement protégeable

Le nouveau référent pour le plan national d’action sur le loup, le Préfet Xavier Doublet était en visite en Aveyron mardi 19 mars, pour rencontrer la profession agricole. Il a annoncé notamment la mise en place d’une zone difficilement protégeable sur une partie de l’Aveyron, la Lozère, le Tarn et l’Hérault, qui permet d’assouplir les conditions de prélèvement du loup. Une première à l’échelle nationale, fruit d’un travail de plus de 3 ans mené par les éleveurs aveyronnais.

Xavier Doublet, préfet chargé de mission loup au niveau national, a rencontré la profession agricole mardi 19 mars, à l’occasion d’une visite de terrain, la 17ème qu’il réalise à la rencontre des éleveurs français touchés par les attaques de loup. Il était le matin en préfecture et l’après-midi sur une exploitation du sud Aveyron pour recueillir le ressenti des éleveurs mais aussi pour les informer des dernières avancées.

L’Aveyron était précurseur quand il a fait réaliser par l’INRA, SupAgro Montpellier et le CERPAM, à la demande du préfet de l’époque Louis Laugier, une étude sur les conséquences de l’adoption des moyens de protection des troupeaux sur le territoire des Grands Causses. Les conclusions de cette étude menée sur 41 communes du sud Aveyron, ont montré que pour protéger les 315 fermes et 157 000 brebis de ce territoire, selon les préconisations du plan loup, il faudrait 3 500 km de clôtures de 3m de haut, 2 500 chiens «patous», 70 emplois (installation, entretien de clôtures, surveillance des troupeaux et soin aux brebis). Pour financer ces mesures de protection, il en coûterait entre 22 et 35 millions d’euros par an sans compter les conséquences sur l’économie des exploitations concernées.

Un arrêté pour mai ?

Lors de la visite sur l’exploitation du GAEC du Figayrol à Cornus, l’un des trois associés Michel Pons a témoigné du non sens du plan loup actuel : «le plan loup ne s’adapte pas à nos pratiques. Sur notre ferme, il faudrait 30 chiens pour protéger le troupeau. Sans parler du coût que cela engendrerait, nous redoutons aussi et c’est bien normal, les échos de nos voisins ! De plus notre conduite en lots n’est pas non plus adaptée aux mesures de protégeabilité». Son voisin, Nicolas Fabre du GAEC de Caussenuéjouls à Cornus, a constaté d’autres soucis engendrés par la présence du loup : infertilité, stress des animaux... D’autres éleveurs ont évoqué leurs changements de pratiques pour s’adapter à la présence du loup. Sur le Larzac, 1 250 ha ont déjà cessé d’être pâturés selon une étude de la Chambre d’agriculture menée en 2017. «En Aveyron, nos pratiques d’élevage doivent être préservées car elles sont ancestrales et vertueuses sur tous les plans mais elles sont incompatibles avec les mesures de protection imposées par le plan loup», ont argumenté les éleveurs présents.

Ces arguments ont été entendus puisque le préfet, Xavier Doublet, a annoncé la mise en place d’une zone difficilement protégeable sur une zone très élargie depuis le sud Aveyron et jusqu’à la vallée du Lot, sur 4 départements (Aveyron, Lozère, Tarn et Hérault). Le préfet Xavier Doublet a envoyé une proposition en ce sens à chaque préfet des départements concernés. La préfète de l’Aveyron a d’ores et déjà donné son accord. «Une fois l’accord des 4 préfets obtenus, nous pourrons faire paraître un arrêté pour la mise en place de cette zone», a assuré Xavier Doublet, qui espère un aboutissement dès le mois de mai.

Des mesures de tirs du loup assouplies

«Cette annonce est une première au niveau national et une belle avancée pour l’ensemble de la profession qui s’est mobilisée sur ce dossier depuis plus de 3 ans», ont commenté les responsables professionnels FDSEA - JA et Chambre d’agriculture, présents à la journée. Par ailleurs, Xavier Doublet a annoncé un autre changement : le seuil fixé à 500 loups maximum par le gouvernement pour assurer la viabilité de l’espèce loup en France devient un plafond. Le taux de prélèvement de loup autorisé en France passerait donc de 40 à 80 têtes.

Concrètement la mise en place de la zone difficilement protégeable permettrait d’assouplir les modalités de tirs des loups. Le Préfet a rappelé que ces mesures n’enlevaient en rien les indemnisations aux éleveurs en cas d’attaques sur des troupeaux.

«Cette demande était unanime, nous sommes très heureux de voir nos propositions retenues», ont exprimé les responsables agricoles tous syndicats confondus. «Mais le loup est un animal très malin, nous ne devons pas relâcher nos efforts pour demander notamment une brigade loup dédiée au sud du Massif central», ont-ils réitéré. A cette question, Xavier Doublet a expliqué que le point de blocage à la création d’une autre brigade loup était l’aspect financier puisqu’une telle organisation nécessite un budget d’un million d’euros !

De même, les éleveurs ont demandé au Préfet où en étaient les discussions autour de la Convention de Berne qui classe le loup comme espèce protégée. «Les discussions sont en cours avec l’ensemble des Etats membres pour obtenir leur accord en vue d’une révision mais ce sera long...», a-t-il répondu.

Enfin, le cas des attaques relevées dans le nord Aveyron a été évoqué. Le Préfet Xavier Doublet a précisé qu’au cas par cas, les exploitations touchées par des attaques où le loup n’est officiellement pas écarté pourraient être reconnues non protégeables.

Tout au long de la journée, les échanges entre le préfet Xavier Doublet, les responsables professionnels de la FDSEA, des JA et de la Chambre d’agriculture et les services de l’Etat représentés par la Préfète et la DDT ont été riches et porteurs d’espoir pour l’ensemble de l’élevage aveyronnais. Mais le combat continue...

Eva DZ avec l’appui de Laurent DENEBOUDE