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Filière porc : investir et se moderniser, c'est possible

23 mars 2017

Filière porc : investir et se moderniser, c'est possible

Bernard et Cédric Valette, du GAEC des Valettes à Ségur, ont ouvert les portes de leur exploitation mardi 21 mars. C'était l'occasion d'inaugurer leur tout nouveau bâtiment destiné à abriter des porcelets en post sevrage, puis engraissement. Ce projet a bénéficié de l'accompagnement de la coopérative aveyronnaise Alliance Porci d'Oc (APO).

L'élevage porcin est arrivé en 1992 sur cette exploitation de tradition laitière. Bernard Valette a ainsi démarré son activité de naisseur avec 60 truies en plein air. En 2000, le cheptel est passé à 150 truies logées dans une maternité. Après l'installation de Cédric, son fils, en 2004, l'exploitation s'est équipée d'un bâtiment pour abriter les gestantes. Cédric et Bernard sont aujour-d'hui multiplicateurs Hypor.

Conserver les animaux sur l'exploitation

Jusqu'à présent les porcelets nés sur l'exploitation étaient engraissés à l'extérieur. «En tant que multiplicateurs nous souhaitions pouvoir conduire nous mêmes les animaux jusqu'à la vente comme reproducteurs», confie Cédric Valette. Il s'agit aussi de mieux gérer la qualité sanitaire des animaux voués à la reproduction, limitant leurs déplacements.

De cette volonté de prendre en charge l'engraissement, est né le projet de bâtiment. Gilbert Delsol est responsable des projets chez APO. C'est lui qui a suivi le dossier du GAEC des Valettes. «Nous avons accompagné Cédric et Bernard depuis l'avant projet jusqu'au suivi du chantier, en passant par l'étude économique, les appels d'offre et la gestion administrative». Le résultat est une porcherie flambant neuve qui a nécessité le concours de pas moins d'une dizaine d'entreprises, dont une partie est locale. Elle va abriter, dans un premier temps, 528 places en post sevrage et 768 places en engraissement. Seules les femelles seront d'abord engraissées. Le projet doit en effet se poursuivre dans les années à venir avec une extension dédiée à l'engraissement des mâles.

Economiser l'énergie

Lorsque l'idée du bâtiment a émergé dans l'esprit de Cédric Valette, il s'est fixé comme objectif premier l'économie d'énergie. Il a ainsi fait appel à une technique encore inédite dans la région : l'utilisation de niches chauffées dans les cases de post sevrage des porcelets. «Alors qu'il fait autour de 24°C dans le reste de la case, les porcelets sont à 28°C sous la niche», explique le jeune éleveur. Cette zone de confort est abritée par une plaque en acier chauffée par un circuit d'eau chaude qui circule à 70°C. De plus, grâce à une ventilation centralisée, utilisant des ventilateurs de dernière génération, eux aussi économes, cette eau est préchauffée par le recyclage de l'air chaud. Enfin, des sondes permettent de réguler le chauffage en fonction de la température. «Ce type de bâtiment, pensé dans une logique de réduction énergétique, représente l'avenir», selon Gilbert Delsol.

Dans une même logique d'économie, Cédric Valette évoque son engagement vers la réduction des traitements sanitaires sur les porcelets. «Nous n'utilisons pas de traitements en systématique. Lorsque nous avons des porcelets malades nous traitons uniquement la case en injectant les produits dans l'eau des abreuvoirs». Côté engraissement, les auges ont été surélevées pour permettre un confort de lavage et une meilleure circulation de l'air. C'est aussi un moyen de faire de la prévention sur la santé des animaux. Aujourd'hui, beaucoup d'éleveurs suivent la même logique et n'utilisent aucun antibiotique à partir du sevrage. Pour Norbert Pradalier, le président d'APO, «l'évolution de la génétique et la modernisation des bâtiments d'élevage permettent de prévenir plus efficacement les problèmes sanitaires». C'est aussi pour montrer cela qu'il tient à cœur de la coopérative d'organiser de telles portes ouvertes pour ses adhérents.

Montrer la dynamique de la filière

Le GAEC des Valettes est la deuxième exploitation à participer à cette initiative. La première s'était déroulée le 15 novembre 2016, au GAEC des Igues, sur la commune de La Bastide l'Evêque. Il s'agissait là aussi de faire visiter un nouveau bâtiment, équipé d'une fabrique d'aliment, fruit d'une installation avec création d'atelier d'engraissement. Pour Norbert Pradalier ces portes ouvertes revêtent deux objectifs. «C'est un lieu de rencontre, d'échanges entre éleveurs. Nous avons ici l'occasion de mettre en lumière des jeunes qui avancent, investissent, et croient en l'avenir de la filière. Montrer qu'on peut développer de l'engraissement à Ségur, en pleine zone de montagne, montre aussi que la production porcine s'inscrit partout». L'autre objectif est aussi de faire venir le voisinage sur l'exploitation. En effet, comme il est sanitairement risqué de faire visiter des bâtiments occupés, montrer à quoi ressemble une porcherie, même vide, est l'occasion de démonter certains a priori.

Au service de la filière porcine du Sud-ouest

Cette communication est une des nombreuses missions que les 370?salariés de la coopérative APO assurent aujourd'hui. C'est en effet un outil performant du développement de la filière porcine en Aveyron et au-delà, avec de nombreux services rendus aux 186 adhérents, con-cernant l'environnement, le sanitaire, la génétique, l'alimentation...

La coopérative est aussi très investie dans le renouvellement des générations d'éleveurs. «La production porcine offre une grande qualité de vie , grâce à un travail très planifié, affranchi des aléas extérieurs», explique Norbert Pradalier. «De plus la conjoncture s'est nettement améliorée depuis 6 mois, grâce à l'ouverture du marché chinois aux porcs européens, et à la diminution du cheptel au sein de l'Union. Les voyants sont donc au vert en ce moment. En outre APO met un point d'honneur à accompagner les jeunes qui s'installent, en leur offrant notamment un revenu sécurisé pendant les premières années».

Les portes ouvertes des adhérents d'APO vont donc se poursuivre au rythme de la concrétisation des projets, que le prési- dent souhaite nombreux.

B. CAREL