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MFR de Naucelle : 50 ans d’histoire avec les jeunes

24 mai 2018

MFR de Naucelle : 50 ans d’histoire avec les jeunes

Le 3 août 1968, la Maison Familiale Rurale de Naucelle voyait le jour avec 8 élèves. 50 ans plus tard, la MFR est toujours sur pied avec plus de 155 élèves et 25 salariés. Retour sur son parcours qui ne fut pas sans embûches, avec Solange Espie, entrée à la MFR en 1978 comme formatrice puis directrice depuis 1994.

Comment est née la MFR de Naucelle ?

S. Espie : «La MFR a été créée le 3 août 1968 en même temps que l’Institut rural de Naucelle. Les deux structures sont nées de la volonté d’agriculteurs locaux, parents d’élèves, Marius Fouillade, Gaston Rech, soutenus par les élus locaux, le maire de Naucelle, Paul Cousty, Pierre Lacombe, alors maire de Camjac et conseiller régional,... Dans un contexte d’expansion de l’agriculture dans le Ségala, ils voulaient proposer aux jeunes une formation leur permettant de rester au pays et de se former en théorie et en pratique.

Pourquoi une Maison Familiale Rurale ?

S. Espie : La pédagogie de l’alternance a été préférée ainsi que le fait d’être une association qui implique les parents d’éleves.

La première MFR de France, a été créée en 1935 dans le Lot et Garonne. Elle permet aux jeunes d’aller plus loin que le certificat d’études, d’allier théorie et pratique et d’acquérir les compétences leur permettant de reprendre une exploitation. C’est au hasard d’une rencontre sur le marché de Rodez avec M. Roualdès, président de la MFR de Nuces que l’idée est née.

D’ailleurs c’est le directeur de la MFR de Nuces, Aimé Houlès qui partageât son temps au début avec la direction de la MFR de Naucelle.

Comment a démarré la MFR de Naucelle ?

S. Espie : La Maison d’éducation et d’orientation de Naucelle a démarré avec 8 élèves, dans un petit local près de la mairie. Dans un premier temps, les élus, les parents d’élèves ont travaillé au recrutement, ont fait connaître la structure en mettant en avant cette nouvelle offre de formations adaptée aux nouvelles exigences de compétences sur les exploitations alors en plein développement (innovation, génétique, gestion,...).

En même temps, ils ont créé un Institut rural qui proposait des formations «après MFR» en cycle de terminale (ex BEPA) ce qui a permis d’attirer des jeunes ayant suivi un cursus dans les MFR de Nuces, Pont de Salars, Entraygues,...

Jusqu’aux années 90, les effectifs de la MFR et de l’Institut n’ont cessé de croître, recensant jusqu’à une centaine d’élèves jusqu’à leur fusion en 1994. Les deux sites travaillaient la main dans la main avec un directeur commun, Gilbert Assié.

Les années 90 n’ont pas été faciles pour les MFR en général. Comment s’en est sorti celle de Naucelle ?

S. Espie : Ses fondateurs ont toujours fait une priorité, des formations agricoles. Or la PAC de 1992 a été déterminante dans l’évolution des MFR. Chez nous, ce fut un choc, face aux enjeux de la mondialisation, la déprise agricole s’est installée faisant chuter nos effectifs lentement mais inexorablement. En 2000 nous avons frôlé la fermeture, la MFR ne pouvant plus faire face aux difficultés financières qui s’accumulent. Nous avons manqué d’anticipation. Nous étions au pied du mur.

Même si la situation était très difficile, le conseil d’administration de la MFR et tout le personnel n’ont pas baissé les bras. Bien décidés à inverser la tendance, nous avons sollicité la Fédération régionale des MFR et son directeur, Serge Cheval, les élus du territoire en particulier Anne Blanc, alors maire de Naucelle, les acteurs locaux. C’est sur ces bases solides que nous avons construit un programme d’actions.

Quel est le secret de la réussite de la MFR ?

S. Espie : Nous avons d’abord mené un diagnostic en 2001 avec une consultante, Liliane Ménorie qui a rencontré les parents d’élèves, les responsables professionnels, les élus, les acteurs du territoire au sens large. Ce travail a mis en avant le fait que la MFR avait toute sa place sur son territoire, il fallait donc qu’elle s’ouvre et étoffe son offre pour répondre à cette demande locale tout en confortant la formation agricole.

Comment s’est mise en place cette relance ?

S. Espie : Huit pistes d’action ont été définies et mises en place progressivement jusqu’à aujourd’hui ! Nous sommes partis de notre cœur de métier : la formation agricole en gardant la production comme fil conducteur. Les classes de 4ème et 3ème ont été développées. Aujourd’hui, une quarantaine d’élèves travaillent sur la remotivation scolaire et l’orientation.

Pour s’ouvrir, la MFR s’implique localement : elle s’associe au diagnostic avec la CAF et la MSA pour créer le centre social et culturel du Naucellois, elle travaille avec la Communauté de communes, la mairie, l’Office de tourisme, le contrat Rivière Viaur, les associations sportives, sur le projet Accueil Maison des Cent Vallées.

En 2004, la MFR a démarré le CAPA Services en milieu rural, services à la personne et vente. Puis le BPJEPS pêche de loisir grâce à un formateur, Jean-Michel Bauguil, passionné, en partenariat avec la FD de pêche. Ainsi que le CACES pour les élèves de bac pro, les employés communaux,...

Parallèment, la MFR rénove son internat, construit un pôle restauration en 2008. Les élèves sont davantage présents sur les manifestations locales : Festi’Bœuf, salon des saveurs d’automne, anniversaires de CUMA locales,...

La MFR a travaillé et continue de travailler pour s’intégrer dans son territoire. C’est la base de sa nouvelle vie.

Comment se porte la MFR aujourd’hui ?

S. Espie : Bien mieux grâce à tous ces projets. Nous avons remonté la pente des effectifs : de 85 élèves en 2000 à 110 en 2008, et 155 aujourd’hui en formation initiale.

Nous avons réussi à relancer la formation agricole en ouvrant en 2011, un CAP métiers de l’agriculture, pour répondre aux attentes des professionnels (OPA, JA, Chambre d’agriculture,...), en matière de main d’œuvre salariée sur les fermes. Cela a permis de conforter notre bac pro avec 70 élèves aujourd’hui (15 au départ !). Ainsi les jeunes que nous formons restent sur le territoire.

Nous avons aussi je pense, réussi notre intégration locale : nous avons contribué au lancement de la Maison des Cent vallées aujourd’hui gérée par un prestataire professionnel du tourisme. Grâce à un agrément de cuisine centrale, notre pôle restauration fournit aujourd’hui les cantines scolaires des écoles alentours, du collège Jean Boudou,… Une prospection en 2015 a permis d’élargir aux cantines de Calmont, Magrin, Ceignac, la micro-crèche de La Mothe, la résidence hors foyer de Frons, les cadres de l’entreprise JPM, la crèche et le centre de loisirs de Réquista. Aujourd’hui notre structure est à l’équilibre. Et notre projet est de favoriser l’approvisionnement local des produits.

Nous nous sommes aussi ouverts au monde avec l’AFDI, avec la création d’une MFR au Mali.

Aujourd’hui la MFR accueille 155 élèves en formation initiale, dont 40 en 4ème et 3ème, 40 en CAP Métiers de l’agriculture ou Services à la personne, en milieu rural et vente et 65 en bac pro, une quinzaine de stagiaires en BPJEPS pêche de loisir mais aussi en BPJEPS animation sociale, CACES et SST (secouriste sauveteur). Et 25 salariés.

Quel est l’état d’esprit 50 ans après la création ?

S. Espie : L’équilibre est retrouvé ! Même si nous ne devons pas relâcher nos efforts sur le recrutement. Notre ténacité a payé parce que nous avons toujours cru dans l’appui que nous pouvons apporter aux jeunes. Nous avons aussi pu compter sur l’engagement des élus locaux, des acteurs du territoire,... qui nous ont toujours considéré comme un acteur local à part entière.

Comment voyez-vous l’avenir ?

S. Espie : Nous continuons à mettre en place des projets comme notre entrée dans la mobilité européenne avec trois semaines de stage en Irlande pour nos élèves de première bac pro et un stage en Italie pour les élèves de CAP Métiers de l’agriculture. La formation continue élargit son offre avec un BPJEPS animation sociale.

Nous avons aussi des projets : l’Année Autrement, une formation post bac et une orientation sur l’Europe à partir de la rentrée 2019.

Bien sûr notre souhait est de faire perdurer cette envie d’exister, de faire réussir les adolescents, d’appartenir à un territoire, d’être ambitieux et plein de projets !

Que va-t-il se passer samedi 26 mai ?

S. Espie : Le conseil d’administration emmené par le président Marcel Cazottes, les salariés, les élèves et anciens élèves organisent les 50 ans de la MFR. Samedi 26 mai à partir de 14h, des témoins de l’histoire de notre établissement retraceront son parcours. Nous parlerons aussi de nos projets sur le pôle de restauration, la mise en place de l’apprentissage, le développement des structures d’accueil,... Tout cela dans un esprit de convivialité autour d’un repas de terroir.

Je suis fière de la réussite de la MFR, qui a toute sa place sur le Naucellois».

Recueillis par Eva DZ