lavolontepaysanne.fr Actualités - Agriculture - Aveyron
Elevage - Cultures - Machinisme - Ruralité

Archives VP
Conférence groupe COSE ! avec le philosophe Francis Wolff : «Faites le pari d’un discours vrai !»

25 janvier 2018

Conférence groupe COSE ! avec le philosophe Francis Wolff : «Faites le pari d’un discours vrai !»

L’amphithéâtre des Archives départementales à Rodez était comble vendredi 19 janvier pour recevoir Francis Wolff, philosophe qui étudie depuis plus de 20 ans le mouvement animaliste. Séduit par la démarche collective du groupe COSE ! qui entend prendre la parole face aux attaques sociétales de l’élevage, il a livré quelques conseils aux agriculteurs et représentants des organisations professionnelles agricoles et des filières de production, venus nombreux l’écouter.

«Ca nous est tombé dessus comme la grêle !» : les attaques sociétales contre l’élevage sont de plus en plus nombreuses et laissent les agriculteurs quelque peu désemparés. Le groupe COSE ! créé il y a un an, autour de plus d’une trentaine d’organisations professionnelles agricoles de l’Aveyron et sous la houlette de la FDSEA et des JA, se donne pour mission d’accompagner les agriculteurs dans la communication autour de leurs pratiques d’élevage. «La première étape c’est d’abord de comprendre l’évolution de la société qui peut être déconcertante», a résumé Joël Mazars, co-président du groupe. «Les agriculteurs bénéficient d’un capital confiance au sein de la société sur lequel ils doivent s’appuyer pour faire passer leurs messages», a complété Germain Albespy, qui co-préside le groupe à ses côtés.

Pour avancer dans cette compréhension des nouveaux comportements sociétaux, le groupe COSE ! a invité Francis wolff, philosophe, professeur émérite à l’Ecole Normale Supérieure qui depuis plus de 20 ans, étudie les «propres de l’homme», à savoir ce qui différencie l’homme de l’animal. Contrairement aux pays britanniques, la montée du mouvement animaliste ou welfarisme, c’est-à-dire de protection des animaux, est toute récente en France. «Rapidement, nous sommes passés d’un mouvement pour l’amélioration du bien-être animal à une lutte pour l’abolition de l’élevage», avance Francis Wolff. «Leur vision est claire : l’animal est une victime, l’homme est son bourreau. Il faut libérer les animaux de l’emprise humaine, l’élevage comme la domestication des chiens et des chats. La mode vegan est un des effets de ce mouvement révolutionnaire».

Les frontières de l’humanité sont de plus en plus floues

«Parmi les abolitionnistes de l’élevage, on retrouve les anti-spécistes, relayés par plusieurs intellectuels. Cette notion a été inventée par un philosophe australien, Peter Singer, qui considère qu’il existe une discrimination en fonction de l’espèce. La progression de cette idéologie vient de la croissance de l’urbanisation et de la disparition des animaux, des paysages. Avant la Première Guerre mondiale, il y avait deux types d’animaux : sauvages et domestiques. Depuis, deux nouvelles faunes sont apparues : les animaux de compagnie qui font désormais partie de la famille et les pauvres martyrs abattus dans les élevages industriels», résume Francis Wolff. «Comment voulez-vous que la réalité du monde animal puisse être comprise dans ce concept ?».

Les frontières de l’humanité sont de plus en plus floues : les confusions s’empilent du fait de la popularisation des thèses évolutionnistes (les éthologues démontrent que les animaux ont des systèmes de communication, d’émotion,...), la problèmatique écologique est associée à celle de l’élevage. Or si la cause écologiste est juste et légitime, elle entraîne une sacralisation de la nature, «un poison contre-productif, aussi absurde que de traiter la nature comme une poubelle».

Francis Wolff recentre le débat : «les animaux ne peuvent être traités comme des hommes dans la mesure où ils ne sont pas responsables, sinon il faudrait revenir au Moyen-Age lorsqu’on leur intentait des procès !». «La vie naturelle des animaux n’est pas paradisiaque : leur crédo est la survie face aux prédateurs, face à la faim, au stress, aux besoins sexuels,... l’élevage les libère de ses souffrances puisque l’éleveur a l’obligation de prendre soin de ses animaux, en leur donnant à boire, à manger, en les préservant du stress, de la souffrance et de la maladie».

Si ce mouvement animaliste a gagné la première bataille médiatique, Francis Wolff encourage les éleveurs à remporter la deuxième, la bataille de l’opinion : «les abolitionnistes sèment la confusion en faisant passer leur lutte comme celle des welfaristes, et face à eux, il n’y a personne pour leur répondre, sauf bientôt le groupe COSE !», a encouragé Francis Wolff.

Cela passe d’abord par l’appropriation de la notion de bien-être animal : «Au bien-être animal, je préfère la bien-traitance car on ne peut définir le bien-être d’une brebis mais on sait par contre comment on peut agir pour bien la traiter. La bien-traitance est à mon sens, l’affaire des éleveurs».

Activistes, militants, abolitionnistes

Les éleveurs sont face à trois publics : les activistes, militants, abolitionnistes avec lesquels il est difficile voire impossible de dialoguer, tant ils sont attachés à leur utopie révolutionnaire, il y a ceux qui suivent la mode, notamment les jeunes et puis il reste une grande majorité de personnes qui veulent simplement que les animaux soient bien traités et élevés dans les meilleures conditions. «Nous ne changerons pas la sensibilité contemporaine de ce souci du bien-être animal, en revanche, les consommateurs ne veulent pas arrêter de manger de la viande et veulent continuer à avoir leur chien ou leur chat à leurs côtés à la maison ! C’est vers eux que votre discours doit porter, en différenciant bien les animaux d’élevage, des animaux sauvages et des animaux de compagnie pour ne pas créer de confusion». Et d’argumenter : «nous ne pouvons pas élever les animau pour rien, il ne faut pas les chosifier, ni les personnifier».

La communication doit être à la fois rationnelle : «dire que les éleveurs s’occupent de leurs animaux depuis le début de leur vie et jusqu’à leur mort, ce soin apporté permet de produire une viande ou un lait de qualité. Sans oublier la mission des agriculteurs : nourrir la population». Mais aussi émotionnelle : «Nous ne voulons pas la guerre mais simplement pouvoir exercer ce métier que l’on a choisi par passion des animaux», ajoute Anthony Marre, éleveur aveyronnais, qui a fait l’amère expérience d’attaques sociétales sur les réseaux sociaux.

«Les médias sont prêts à entendre vos discours pour peu qu’ils ne soient pas corporatistes, parlez-leur de votre idéal, de votre amour des bêtes, de votre relation privilégiée avec les animaux, défendez vos idées, votre éthique !», a conseillé Francis Wolff. «En vous présentant comme un éleveur, vous serez écoutés car les consommateurs ne veulent pas d’un monde sans agriculteur». A la question, ce mouvement animaliste va-t-il durer ? Francis Wolff répond qu’il y aura du durable : «la nouvelle sensibilité à la cause animale est le fruit de l’histoire, de l’évolution des mœurs. Mais il y aura aussi de l’éphémère puisque ce mouvement de pensée suit un phénomène d’alimentation. Aujourd’hui la société mise davantage sur la qualité que sur la quantité».

En résumé pour Francis Wolff, c’est le discours de vérité des éleveurs qui primera : «Un discours direct, de proximité. Faites le pari de la vérité !».

Eva DZ