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«Mes terres, mes bêtes, mon sol» au lycée La Cazotte : expérimenter et échanger

27 septembre 2018

«Mes terres, mes bêtes, mon sol» au lycée La Cazotte : expérimenter et échanger

Environ 300 personnes ont participé à la matinée organisée par le Comité de Développement Agricole du Sud-Aveyron (CDASA) et le lycée La Cazotte, jeudi 20 septembre, intitulée «Mes terres, mes bêtes, mon sol» à St-Affrique, avec en toile de fond, l’agriculture de conservation des sols et l’agro-écologie.

La matinée était programmée dans le cadre du Partenariat européen pour l’innovation (PEI) et le DIAL (Dispositif d’innovations agro-écologiques locales), en lien avec le Parc naturel régional des Grands Causses, du service Elevage de la Confédération générale de Roquefort, de l’UNOTEC, de l’INRA, de l’AVEM, de la Chambre d’agriculture (CDASA) et du lycée La Cazotte. Des éleveurs du sud-Aveyron étaient présents, ainsi qu’une centaine d’élèves du lycée La Cazotte, Bac pro, BTS, BPREA et licences, déjà impliqués dans les essais mis en place sur les parcelles du lycée en avril dernier. «Depuis plus de quatre ans, notre établissement conforte son enseignement sur le sol, la phytotechnie, l’agronomie», explique Gérard Parisot, proviseur de La Cazotte. «L’objectif est de favoriser des pratiques utilisant moins de produits phyto, sans opposer agriculture conventionnelle et bio, pour aller vers une agro-écologie s’appuyant sur l’optimisation des coûts de production. Nous faisons en sorte d’inculquer une conscience environnementale aux élèves par une approche écologique du métier prenant en compte économie et revenu de l’exploitant». Gérard Parisot annonce par ailleurs un cycle de formation de 400 heures au CFPPA La Cazotte, au printemps, sur la permaculture, destinée aux maraîchers et particuliers, «une première en France pour un établissement public».

Agriculture de conservation des sols

Après l’ouverture de la matinée par François Giacobbi, président du CDASA et du conseil d’administration du lycée agricole La Cazotte, Muriel Six, agronome à la Chambre d’agriculture, a notamment rappelé les fondamentaux du fonctionnement du sol, fait le point sur les indicateurs pertinents à utiliser pour décrire le bon ou mauvais fonctionnement du sol, la mise en place de couverts végétaux et de l’allongement des rotations.

Jean-Pierre Sarthou, enseignant-chercheur en agro-écologie à Toulouse (UMR AGIR et INP-ENSA) a ensuite évoqué les techniques de conduite des cultures permettant de mettre en place des rotations longues, de garder le sol toujours couvert et ne jamais travailler le sol. Ses travaux sont centrés sur l’agriculture de conservation des sols prenant en compte trois piliers majeurs : la rotation des cultures, la couverture des sols, et le non labour. Jean-Pierre Sarthou travaille notamment sur la région du Lauragais et du Gers. Il constate «de fortes attentes chez les agriculteurs en terme d’accompagnement en faveur de l’agriculture de conservation des sols».

Témoignages d’éleveurs

La matinée a été ponctuée par quatre témoignages d’éleveurs ovins lait : Etienne Ghislain, GAEC de Laurensou à Montlaur, David Rouquier, GAEC de Bouziès à Belmont-sur-Rance, Pierre-Louis Fages, GAEC des Monts à Millau, et Romain Reversat, GAEC d’Egalières, à Nant. Ils ont présenté leurs pratiques de travail du sol, certains étant déjà engagés dans l’agriculture de conservation des sols en partie, ou largement, d’autres ne pouvant pas supprimer le labour, du fait de la structure du sol, cailloux, pentes, etc. Chaque témoignage a bien mis en avant les particularités différentes des sols du Sud-Aveyron, et des pratiques agricoles individuelles inspirées par les expérimentations, en évitant de remettre en cause la viabilité économique de chaque système de production.

Pour François Giacobbi, «il n’existe pas de solution toute faite» en matière de pratiques culturales orientées vers le semis direct, le non-labour, les couverts végétaux : «l’important est de ne pas avancer avec des œillères, sur une seule façon de faire. Faut-il faire des céréales dans une région orientée vers l’élevage de ruminants où la place de la prairie est centrale ? Il ne faut fermer aucune porte et pratiquer en faisant des essais».

Un champ de questions

C’était aussi les mots de conclusion de Lucile Potts, enseignante au lycée La Cazotte : «les problématiques sont diverses ici, avec la sécheresse, un contexte de polyculture-élevage, des systèmes de prairie, des productions végétales pour les animaux, des sols hétérogènes... On constate qu’il est important de croiser les expériences, d’observer, de tester» a-t-elle résumé. Avec le programme DIAL, il est envisagé de créer un laboratoire d’innovation en agro-écologie pour mettre en place des essais sur les parcelles du lycée et chez des agriculteurs partenaires.

Vincent Thénard, ingénieur en agro-écologie des systèmes d’élevage à l’INRA-Toulouse, partenaire du projet DIAL, pose lui aussi beaucoup de questions : «quel équilibre trouver en élevage pour avoir de la ressource fourragère, récupérer de la paille, le sol, en s’affranchissant des pesticides ? L’enjeu est fort en effet avec l’arrêt programmé du glyphosate. Quels mélanges pour les prairies, espèces, couverts, rotations, assolement ? Le champ de réflexion est vaste pour les agronomes. Quels semis de printemps dans un contexte de changement climatique ? Il n’y a pas de solution toute faite», a-t-il encore réagi.

François Giacobbi a eu le dernier mot : «les réflexions de cette matinée ne sont pas finies. Il faut encore expérimenter. D’autres réunions d’échanges auront lieu sur le même sujet», notamment mardi 6 novembre, toujours au lycée La Cazotte (lire encadré ci-dessous).

D.B.