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14 Octobre 2021 | Actus Aveyron

Dégâts des sangliers, «Je ne chasse plus par plaisir»


Suite des témoignages d’éleveurs aveyronnais. Après Camjac, place au Vallon, qui subit également le fléau des sangliers.

Un trou de plusieurs mètres de diamètre dans un champ du Vallon : non, ce n’est pas un cercle de culture mais les ravages des sangliers.

Une réponse collective

Les agriculteurs et les éleveurs aveyronnais sont de plus en plus nombreux à subir la prolifération des sangliers. Après un article paru dans la Volonté paysanne du 30 septembre, dans lequel deux éleveurs du secteur de Camjac partageaient leur amertume, cette fois-ci, ce sont deux de leurs comparses du Vallon qui témoignent. Entre colère et inquiétude, ils n’ont pas souhaité que leur nom soit cité, nous les appelerons Bernard et Patrice. Par crainte d’être pris pour cible, entre autres. Une inquiétude souvent évoquée, certains refusant tout simplement de témoigner. «Je veux bien témoigner, mais je ne m’exposerai pas seul. Il faut une réponse collective et intelligente du monde agricole», explique l’un deux, Bernard.
Alors, quelles solutions ? «Les réponses miracles n’existent pas», répondent les deux hommes. Ils ne sont cependant pas contre des expérimentations. «Quand je vois qu’ils sont beaucoup moins sauvages, peut-être qu’ils peuvent être capturés ? Des analyses pourraient être faites. Ce qui permettrait de prouver que ce ne sont pas de vrais sangliers, que les croisements se répandent. Les réponses à apporter sont collectives», juge Bernard. «Les paysans-chasseurs ne sont pas nombreux. Cela aiderait si nous étions plus nombreux à chasser, notre voix porterait davantage dans le milieu. Il faudrait également pouvoir lâcher les chiens toute l’année pour faire bouger les sangliers. Concrètement, aujourd’hui, nous n’avons aucun moyen d’agir. Je suis sûr qu’au tout début des dégâts, quand ils commencent à venir, lâcher les chiens permettrait de les éloigner. Ils ne reviendraient plus aussi souvent. Et enfin, il faut prélever, prélever et encore prélever. Tout en respectant la sécurité», conclut Patrice.

Des mésententes nocives

L’éleveur est paysan, mais aussi chasseur. Une situation qui le légitime pour parler du fléau des sangliers. Mais qui le place également en porte-à-faux. «Je suis assis sur deux chaises. Ce qui fait que le problème des sangliers n’avance pas du tout, c’est une sorte de rivalité, de jalousie, entre les différentes sociétés de chasse. L’entente est confuse, il n’y a pas de communication, chacun s’engueule pour des conneries : quand les sangliers viennent chez l’un ou chez l’autre, c’est silence radio. Je pense qu’il faut nous entendre pour le bien de tout le monde. Chasseurs comme agriculteurs. Surtout pour les agriculteurs d’ailleurs», revendique l’éleveur-chasseur.
Si la situation est alarmante cette année, le chasseur s’inquiète davantage de l’avenir. «Vu la moyenne d’âge chez les chasseurs, les jeunes sont absents. Ou presque. Dans 10 à 15 ans, la situation va être catastrophique. Les sangliers sont un fléau. Alors quand j’entends qu’il ne faut pas tirer sur la laie, avec ses 7 marcassins derrière... Ce genre de règle rentre dans une oreille et sort de l’autre. Quand il faut y aller, il faut y aller. Les règles sont à revoir. Aujourd’hui, je suis chasseur, ce n’est plus pour le plaisir. Avant, quand il fallait les débusquer, la chasse était plaisante. Quand il y en a partout, ce n’est plus un loisir. Nous ne sommes plus dans une situation où il faut laisser faire», estime Patrice.

Des sangliers moins sauvages

Un laisser-aller mortifère des 40 dernières années. «J’ai entendu de nombreuses histoires sur des croisements. Des gens qui achètent des sangliers et qui possèdent des truies. Il ne faut pas être stupide pour faire le rapprochement. Quand une laie a plus de 8 petits, ce n’est pas commun. Même si certains vétérinaires me disent que c’est parce qu’elles mangent bien. Il y a eu, pendant des années, un laisser faire. Quand je vois ces sangliers, beaucoup moins sauvages, qui n’hésitent pas à se balader en plein jour dans les champs... Il y a encore peu de temps, j’étais sur mon tracteur, et je tombe sur une maman avec 5 à 6 petits. C’est beau. Mais ce n’est pas normal. Chaque année j’ai des dégâts. Chaque année la situation s’aggrave», affirme Bernard. De plus en plus, les sangliers sortent des champs et des forêts pour visiter la ville. «C’est personnel ce que je vais dire, mais c’est une bonne chose : certains vont réaliser la situation dans laquelle nous sommes», fait valoir Patrice.


Les champs de maïs sont souvent cités comme la principale cible des sangliers. «Il faut savoir que les prairies le sont tout autant. Et le matériel de fenaison en pâtit. Il y a des trous partout, sur des terrains en pente, je finis par éviter d’y passer. Chaque année, nous avons quasiment tous des dégâts. Mais là, cette année, l’ampleur des ravages est impressionnante», regrette Patrice, sa femme dans la pièce d’à côté, en train de remplir la déclaration de dégâts. «Les indemnisations ne sont pas à la hauteur. Nous le faisons vraiment pour montrer que nous avons des dégâts et faire remonter le problème. Ici, le problème, tout le monde en est conscient. Les chasseurs sont presque tous les jours sur le terrain. Mais la semaine c’est compliqué, moi je travaille, même le week-end. Et puis, chasser devient compliqué, c’est de plus en plus mal vu par certains : il ne faut pas tuer, il ne faut pas-ci, il ne faut pas ça...», grogne Patrice.


Jérémy Duprat